‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 13 sur 339 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Genèse et sont aussi vieilles que Thistoire des patriarches * . »

Si les coutumes orientales avaient été à quelque égard celles des femmes de Judée, peut-être alors faudrait - il , comme le veulent certains auteurs , chercher dans les conditions déplorables d'une première éducation au harem le principe , éloigné sans doute, mais tenace, des égarements tardifs de Salomon : tant le cœur de l'enfant est chose délicate; tant une semence mauvaise, dans une terre aussi tendre que l'âme d'un enfant , s'y enfonce profondément, toujours prête à germer. Mais nous avons peine à admettre que cette peinture des harems de nos jours s'applique aux gynécées israélites, surtout à celui de David. La condition générale de la femme , telle que la Bible nous la dépeint , contraste d'une manière frappante avec l'état de choses actuel de l'Orient ^ Les preuves abondent pour établir que la femme juive, mariée ou non mariée, jouissait, dans la vie privée, d'une liberté ressemblant beaucoup à celle des femmes de notre pays. On la voit sortant la figure toujours découverte ^ allant seule dans le pays \ conversant avec les hommes même étrangers % sans qu'on y trouvât à redire. Les filles de Siloh dansent dans les fêtes publiques, n'ayant d'autres gardiens que

* Cependant Stapfer n'admet pas la comparaison entre la femme arabe de nos jours et la juive d'autrefois. Selon lui, celle-ci occupait dans sa maison une place très supérieure même à celle qu'occupait la matrone romaine.

- Cf. Zehkokke, Die biblische Frauen.

3 I Reg. I, 43. Cf. Gen. xii, 44; xxiv, 46, 65-, xxix, 44.

^ Deut. XXII, 25-27. Jud. xiii, 9.

^ I Reg. IX, 44. Cf. Gen. xxiv, 24, 45-47; xxix, 2-42.

leur innocence ^ Les femmes de toutes les villes d'Israël courent au-devant de Saûl en l'acclamant au milieu des chants et des danses*. Nous voyons des femmes, comme Déborah, arrivant aux plus hautes dignités; comme Michol, assez libres pour se moquer de leur mari^; comme Athalie, assez puissantes pour exercer pendant six ans une odieuse tyrannie.

Dans l'intérieur, la femme prend part aux affaires de famille avec quelque indépendance; elle reçoit des invités comme elle l'entend, durant l'absence du mari ^ , quelquefois même contre le désir de celui-ci^; et, si son mari lui demande des explications, elle refuse de répondre ^ Elle dispose de son fils par vœu sans consulter son époux ^ Elle délibère avec lui sur le mariage de leurs enfants ^ Ses avis sur les affaires domestiques sont accueillis avec déférence^.

« Je regrette beaucoup, dit sur ce sujet un savant israélite , M. Franck ^^, je regrette beaucoup que M. Renan, pour désigner les appartements intérieurs et la cour de Salomon , se soit servi des noms de harem et de divan. Ces expressions, d'un usage très récent parmi nous, ont le double inconvénient d'être privées de ce cachet d'antiquité qui convient

* Jud. XXI, 21.

« IReg. XVIII, 6-8.

^ IIReg. VI, 20.

4 IV Reg. IV, 8. Jud. iv, 48.

•^ I Reg. XXV, 14.

« IV Reg. IV, 22-24.

' IReg. I, 24.

^ Gen. xxvii, 46.

« IV Reg. IV, 9.

" Journal des Débats y 22 et 24 octobre 1860.

Page 1