‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 122 sur 339 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

et son règne, jusque-là si prospère, fut, dans les dernières années du monarque infidèle, ébranlé par les secousses d'une guerre extérieure et attristé par les angoisses d'une lutte intestine. La faute de Salomon, celle d'avoir épousé des femmes infidèles et favorisé en Israël le culte des idoles, apparut dans sa gravité par les conséquences qu'elle entraîna. Si les fautes des grands ne blessaient et ne détruisaient que leur honneur personnel et leur fortune, peut-être pourrait-on, avec quelque sang-froid, laisser passer la justice de Dieu. Salomon perdit non seulement l'estime et l'affection de son peuple, mais aussi son prestige et son ascendant parmi les nations étrangères. Elles se réjouirent en voyant le fils de David tomber à leur niveau : il avait mérité ce châtiment.

Que va devenir Israël en présence de scandales venus de si haut?

De l'apostasie du prince à celle de la nation il n'y avait qu'un pas, d'autant plus aisé à franchir, que le nouveau système de gouvernement adopté par le représentant royal de Jéhovah, avait considérablement diminué la foi au dieu du temple de Jérusalem. On ne peut s'étonner qu'Israël, dès son berceau enclin à l'idolâtrie, se soit précipité dans l'infidélité. Cependant allait -il tout d'un coup faire sien le culte de Moloch, et adopter sans transition les pratiques honteuses du culte phénicien ?

L'apostasie a ses degrés, et Dieu, dans sa miséricorde, permit que, en présence de son passé et sous le coup des reproches des prophètes, Israël n'allât pas jusque-là. Mais, sous le règne suivant, dix des douze tribus abandonnèrent pour toujours le temple de Salomon, rompirent avec la famille de

David, et revinrent au veau d'or que Moïse avait brisé jadis au désert *.

Nous avons vu l'Iduméen Hadad et un chef de brigands, Razon, esclave fugitif d'Adarézer, roi de Soba, mettre en commun, au commencement du règne de Salomon, leurs haines et leurs espérances, et tenter un soulèvement que la sagesse et la vigueur du roi d'Israël parvinrent alors à entraver. Lorsqu'ils virent Salomon aux prises avec ses propres sujets, ces aventuriers reprirent courage, combattirent avec plus de succès , et Razon parvint à s'emparer de Damas, où il établit le siège de sa royauté.

L'Ecriture n'appuie point sur ce triste sujet ; mais on sent que la monarchie élevée avec tant d'éclat à l'apogée de la puissance par les victoires de David va se diviser, et on peut prévoir dès lors les guerres sanglantes que se livreront dans la suite la Syrie et le royaume d'Israël ^.

Pour que rien ne manquât à l'effondrement, les dettes, vengeresses ordinaires des mauvaises mœurs, réclamèrent leurs inévitables payements. Elles vinrent s'ajouter aux autres embarras financiers. Tel est presque toujours le prélude des révolutions. Salomon fut acculé aux dettes. Ne pouvant payer avec les deniers de son peuple, il emprunta aux Etats voisins. Le roi de Tyr lui avait autrefois prêté cent vingt talents d'or, et cette somme s'était encore trouvée insuffisante ^. Aux malédictions d'Israël s'ajouta donc la déconsidération de Salomon à

1 IIIReg. XII, 10-33.

2 IIIReg. XI, 14-26.

^ III Reg. IX, 14. Cent vingt talents d'or font un peu plus de 15 millions de francs.

Page 1