‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 14 sur 339 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

particulièrement à la langue biblique, et de se rapporter à des usages que le peuple hébreu n'a pas connus. Nous ne voyons nulle part que les rois de Juda ou d'Israël aient eu un divan , et pour Salomon en particulier il n'est question que de son entourage, noa, messib, ou de sa cour. Ce prince a eu beaucoup de femmes, cela est vrai; mais les a-t-il tenues sous les verrous, comme les princes osmanlis et leurs pachas? C'est un point au moins extrêmement douteux ; car la Bible nous montre , par une foule de récits , que la femme israélite jouissait d'une grande liberté. » Et nous croyons, avec Munk, que la peinture de la femme forte *, si elle n'est pas de Salomon, s'applique aux femmes de son époque -.

Quelle qu'ait été la situation de Bethsabée au palais de Jérusalem, nous devons croire qu'elle sut mettre Salomon à l'abri des dangers inévitables de la cour, et lui inspirer les vertus que nous verrons bientôt le prophète Nathan cultiver et développer en son auguste élève.

(( A peine Israélite de sang, Bethsabée, dit M. Renan, n'inspira sans doute à son fils qu'un zèle modéré pour le culte de Jahvé^. » Sans nous arrêter à cette assertion dénuée de tout fondement, nous disons que l'histoire des premières années du règne de Salomon et la construction du temple nous persuadent qu'il dut puiser dans les premières leçons de sa mère l'amour de Jéhovah. D'ailleurs Bethsabée, Israélite par sa naissance, puisqu'elle était la

* Prov. XXI.

2 Munk, Palestine, p. 375. Voir, sur l'état de la femme juive, le beau travail de M"« Clarisse Bader, la Femme biblique,

3 Op, cit. y p. 97.

iO LA VIE ET LES ACTES DE SALOMON

petite -fille d' Achitophel , natif de Gélo, dans la tribu de Juda ^ , devait avoir été élevée dans Fexercice de la piété; elle avait conquis Testime du prophète Nathan et semble avoir parfois influé sur ses résolutions ^

Lorsque le fils, chez les Hébreux, sortait des mains de sa mère et des gouvernantes qui avaient pris soin de sa première éducation ^, le père luimême achevait de l'instruire; ou, si la famille jouissait de quelque aisance, le confiait à un gouverneur *, qui usait souvent d^une grande sévérité^ envers son élève.

* IIReg. XI, 3; xxiii, 34 et xv, 12. Heth, patrie d'Urie, était également dans la tribu de Juda, suivant Adrichomius {Theatrum Terrœ sanctse). V. Pineda, De rébus Salomonis , 1. I, c. m.

^ Cependant, du moins au temps de Jésus -Christ, la femme, au point de vue religieux , était très inférieure à l'homme : aucune cérémonie pour elles remplaçant la circoncision; aucun âge fixé pour être présentées au temple , où leur place était au dernier rang , derrière les hommes. Les Talmuds défendent de leur donner aucune éducation religieuse : a Autant, disent-ils, leur enseigner l'impiété que leur faire étudier la Loi » {KidouschiUj fol. 29 b. Sota m, 4), sous prétexte que la loi porte : « Vou^ enseignerez vos préceptes à vos fils, et non pas à vos filles. » Suivant les Talmuds encore, deux fléaux du monde sont « la veuve bavarde et curieuse, et la vierge qui perd son temps en prières ». (Talmud Babylon. Sota 22 a.) Hillel avait prononcé cette dure parole : « Les femmes conduisent aux préjugés. » {Pirké-Aboth, ii, 7.)

3 II Reg. IV, 4.

* IV Reg. x, 1 et 5.

^ Prov. xxiii, 13. Les découvertes modernes viennent confirmer ce point de l'éducation des enfants dans l'antiquité. Voici , d'après les papyrus , la doctrine des scribes égyptiens touchant la sévérité à employer envers les élèves : « Le petit garçon vient au monde pour être arraché du sein de sa mère. Il n'arrive à l'âge d'homme qu'après avoir été roué de coups comme un âne... Élève, que ton bras soit toujours appliqué à tracer les lettres. Ne prends pas un jour de repos, sinon l'on te battra. Le jeune homme a un dos pour être bâtonné; il écoute quand il est frappé. » (Lenormant,

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