‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 130 sur 339 · SALOMON PROPHETE · texte numérisé non relu

SALOMON PROPHETE

I. Que faut-il penser des fautes de Salomon? — II. Les fautes de Salomon et son ministère de prophète. — III. Salomon prophète.

§ I. Que faut -il penser des fautes de Salomon?

Autant l'histoire de Salomon fidèle satisfait, élève et charme l'esprit par tout ce qu'elle renferme d'honorable , de grand , d'heureux pour l'humanité et pour la religion, autant le récit attristé de ses dernières années remplit l'âme de regret et de confusion. Les hommes religieux voudraient moins coupable la fin de cette vie , comme ceux qui ne le sont pas voudraient les commencements moins purs. Le contraste déplaît aux uns et aux autres.

Les commentateurs ont cherché , pour accorder cette vie coupée en deux, à rendre moins disparates les gloires et les hontes , par le fait inséparables dans un même tissu historique. C'est pour cela qu'ils ont essayé de représenter la première phase moins belle et la seconde moins déplorable. On a mis dans celleci des atténuations à l'infidélité religieuse et à la volupté; dans celle-là, on a voulu voir des indices patents d'un luxe sans frein , accompagné du penchant voluptueux à peine surveillé et contraint.

Ainsi ceux qui veulent retrouver le Salomon coupable dans le pieux roi des commencements font observer qu'au beau temps de sa vie , même pendant qu'il écrivait le chaste poème du Cantique des cantiques, il avait déjà à sa cour soixante reines et quatre-vingts concubines. C'est encore ainsi qu'ils relèvent et amplifient les traditions relatives à la visite de la reine de Saba et les légendes des premiers chrétiens d'Ethiopie, qui prétendaient descendre à la fois de Salomon et de cette reine.

D'autre part, les défenseurs de Salomon n'admettent pas qu'il ait jamais abandonné sa foi exclusive en Jéhovah*. Ils s'appuient avec raison sur ce que dit l'Ecriture de sa piété : « Salomon offrait trois fois l'année des sacrifices solennels et des victimes pacifiques sur l'autel qu'il avait élevé, et il brûlait de l'encens devant Jéhovah ^ » S'il a bâti des temples à Astarté, à Kamos et à Moloch, c'était en dehors de Jérusalem, et par suite, disent -ils, de conventions commerciales et de transactions politiques^. Dans les temps modernes, alors même

* Saint Augustin n'accuse point Salomon d'idolâtrie, mais seulement de faiblesse : Salomon , vir tantse sapientise, numquidnam credendum est quod in simulacrorum cultu credidit aliquid esse utilitatis? Sed mulierum amori ad hoc malum trahenti resistere non valuit, faciens quod sciebat non esse faciendum, ne suas delicias contristaret. {De Gen. ad litt. 1. XI, c. XLii. Cf. Be Civil. Dei, 1. XIV, c. XI.) — S. Irénée {Adversus hœres. 1. IV, c. xxvii), S. Jérôme, Gajetan, etc., partagent le sentiment de saint Augustin. — « Salomon, conclut le dominicain espagnol Ferdinando, a péché comme Adam, comme Aaron, comme saint Pierre, par faiblesse, mais non par impiété : « No7i ex errore mentis, sed ne delicias suas contristaret et timoré. {In Eccle. c. i, v. 1.)

2 m Reg. IX, 25. II Parai, viii, 12.

3 Trois cent quarante ans après Salomon, Josias, dit l'Écriture, détruisit les autels que Salomon avait élevés (IV Reg. xxiii, 13). Cette

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