‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 131 sur 339 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'une nation est généralement hostile à un culte , n'en tolère- 1- on pas les chapelles dans les villes, ou tout au moins les sanctuaires dans les ambassades? Les Anglais, sans abjurer leur foi, n'édifient-ils pas des pagodes dans l'Inde , et la France des mosquées en Afrique? Salomon n'a jamais apostasie, il n'a jamais brûlé d'encens devant les idoles; seulement il a poussé la complaisance envers ses épouses jusqu'à assister, avec ces adoratrices des faux dieux, aux cérémonies où elles offraient l'encens à leurs divinités ^ .

On reproche, ajoutent- ils , à Salomon le nombre prodigieux de ses femmes. Mais était-ce l'inconstance, le changement et les raffinements de la pascirconstance du maintien des autels idolâtriques jusqu'à Josias, malgré les réformes d'Asa, de Josaphat, de Joas et d'Ézéchias, qui tour à tour avaient détruit le culte des idoles , fait croire à Movers {Phénicie, t. II, c. m), non sans raison, que ces sanctuaires concédés aux marchands étrangers étaient placés dans des conditions différentes de celles des Bamoth idolâtriques des Israélites schismatiques. Ils avaient le caractère de sanctuaires tolérés à la suite d'entente ou de traités en faveur des étrangers demeurant à Jérusalem ou dans le voisinage , comme les Sidoniens, les Ammonites et les Moabites. C'est peut-être la seule manière d'expliquer comment ils sont restés seuls debout au milieu des ruines des autres. Remarquons de plus que la destination de ces Bamoth idolâtriques n'excluait pas nécessairement ce que l'Écriture affirme , à savoir, que Salomon les fit construire pour ses femmes étrangères. Ils servaient aux femmes étrangères de la cour et aux autres étrangers. Leur emplacement en face de Jérusalem et du temple révèle toutefois un manque de respect, qu'expliquent l'intervention des femmes de Salomon et les défaillances de la conscience de ce prince.

* L'Écriture dit sans doute (III Reg. xi) : Ut sequeretur deos alienos... Colehat Salomon Astarthe... Ces textes ne contredisent point notre sentiment. Ils expriment seulement le fait que Salomon , par faiblesse envers ses femmes et pour ne pas les contrister, les suivait jusqu'à la cella et à l'autel du dieu , et les regardait avec complaisance brûler leurs parfums : Quse adolebant thura et immolabant diis suis. (August., De Civit. Dei, 1. XIV, c. xi.)

sion du libertin, qui le guidaient dans cette multiplicité , fabuleuse à nos yeux, des femmes de premier et second ordre, autant que le désir de n'être pas inférieur en ce luxe malsain aux Pharaons d'Egypte, dont il était à la fois l'allié et l'émule? Ce n'est pas d'ailleurs la passion qui se répand sur une multitude qui est la plus absorbante et la plus idolàtrique ; c'est celle qui se concentre sur un seul objet *. Il y avait là chez Salomon plus de vanité que de passion, et l'Ecriture l'eût moins blâmé, s'il avait rempli ses palais d'Israélites et non de Ghananéennes.

Quant à nous, sans repousser en bloc ces observations , sans nier que l'on puisse souvent retrouver dans les premières années d'une vie les germes et les symptômes de vices qui éclatent seulement à la fin , sans vouloir as^crraver les infidélités de Salomon

■ Do

envers Dieu, nous nous en tenons au texte du livre des Rois et au texte de l'Ecclésiastique ^

Il est manifeste qu'au temps de la rédaction du troisième livre des Rois, comme à celui de la rédaction de TEcclésiastique , les prêtres et les prophètes d'Israël jugeaient les fautes de Salomon avec autant de sévérité que ses contemporains. Il

^ Redisons une dernière fois ce que M. Lenormant écrit des anciens Arabes : « La polygamie régnait parmi eux et ne connaissait alors aucune limite. Chacun pouvait épouser autant de femmes que sa fortune lui permettait d'en entretenir, et les répudier selon son caprice ; plus un homme a de femmes dans son harem , plus il est riche; plus il a d'enfants, plus sa smala compte de guerriers, et par conséquent plus il est puissant. La multiplicité des femmes et des enfants est donc une marque de puissance et de richesse, et elle ne témoigne nullement d'une sensualité excessive , comme nos idées contemporaines pourraient le faire croire au premier abord. » (Op. cit., t. V, p. 427;)

2 XLVii, 21-29.

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