‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 132 sur 339 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

reste avéré que Salomon est coupable d'avoir épousé un trop grand nombre de femmes contre la défense de la loi ^ Il en avait jusqu'à sept cents et trois cents concubines. Il est aussi très criminel d'avoir laissé une femme perverse prendre sur lui, chef de peuple, un détestable empire, vaincu comme il était par la passion, ardentissinio amore. Il a péché contre ses propres lumières, ne serait-ce qu'en connivant par complaisance à l'idolâtrie, <( dont il connaissait sans doute la vanité , dit saint Augustin ; mais il ne voulait pas troubler les plaisirs funestes dont il était devenu l'esclave. »

Cette manière de considérer les choses, plus conforme à la tradition , nous paraît plus conforme aussi aux documents.

§ IL Les fautes de Salomon et son ministère de prophète.

Une question se pose ici : Les fautes de Salomon sont- elles conciliables avec la mission d^un prophète?

Assurément il serait plus conforme à l'idée que nous nous formons d'un prophète de le voir traverser toutes les vicissitudes de la vie sans jamais démentir la sagesse delà sienne ; et les hommes voudraient des anges pour remplir le ministère des anges. Les conseils de Dieu diffèrent souvent des nôtres. La Providence a permis que les anges de la terre n'aient pas toujours l'impeccabilité des esprits qui veillent autour du trône de Dieu. Rien de plus déplorable que l'infidélité de ceux qui sont chargés

* Deut. XYii, 17.

d'un ministère sacré sur la terre , que ce soit celui de prêtre ou celui de prophète. La violation du devoir est pour eux un sacrilège et une profanation qui allume la colère du Ciel. Mais la question n'est pas, en ce moment, la gravité énorme des fautes dans de telles circonstances; elle est tout entière en ceci : Dieu a-t-il pu et peut -il quelquefois se servir pour ses desseins et pour ses œuvres d'agents qui tombent dans l'infidélité? Quand les anges du ciel, glorieux comme celui dont l'éclat apparaît dans le nom, Lucifer, sont tombés: quand Adam et Eve, placés par la grâce divine et par l'innocence si audessus des ordinaires faiblesses humaines, sont tombés; quand un apôtre du Christ, de ce conquérant des cœurs, de cet inspirateur des dévouements jusqu'à la mort , quand Judas a trahi Jésus , d'autres Judas placés moins près de Dieu que le premier peuvent -ils tomber?

Hélas! si le plus beau des dons après celui de la grâce est la liberté , il est aussi le plus dangereux ; car il renferme en lui, avec la faculté de mériter, les responsabilités les plus redoutables. « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! » a dit le Seigneur.

Quoi qu'il en soit, l'histoire montre que Dieu, pour les plus hauts ministères, peut se servir et s'est servi d'agents qui ont péché. Voilà le fait, voilà ce que Dieu a accepté. Terrible mystère, devant lequel il convient de se taire et d'adorer! Toutefois la liberté qui s'égare ne fait point échec à Dieu; il en tire pour lui la gloire, celle de sa miséricorde, souvent celle de sa justice aussi; mais toujours il en fait naître une grande leçon pour les hommes.

Les fautes de Salomon devenu vieux ne l'ont point empêché d'accomplir sa mission de prophète

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