CHAPITRE II
et d'avoir, pendant la presque totalité de sa vie, figuré Jésus -Christ, d'autant plus, nous le répétons, qu'elles ne se sont pas produites au cours de sa mission, mais lorsque sa mission était terminée.
Ainsi Dieu a voulu.
Le bien et le mal se partagent le monde ; hélas 1 ils se partagent souvent une même vie, et le royaume de Dieu sur la terre est comparé à un champ où toujours croissent à la fois l'ivraie et le bon grain. Si nous ne craignions ici d'étonner, nous oserions émettre cette proposition : Dieu a voulu , dans les personnes de David et de Salomon, nous instruire de deux manières peut-être également profitables : par leurs vertus et par leurs fautes.
Nous touchons ici aux grandes lois de l'économie de la sagesse de Dieu pour instruire et gouverner les nations. Dieu, pour nous instruire, a permis le mal, qu'il punit, et créé le bien, qu'il récompense. II a placé le vice à côté de la vertu , les chutes à côté des élévations ; et de ces contraires naît un grand et profond enseignement. Les leçons de l'antagonisme du bien et du mal dans la société retentissent au fond de notre conscience. Ce n'est pas Salomon seul qui nous instruit à la fois par ses fautes et ses vertus : David avant lui nous a conduits à cette double école.
Puisqu'il s'agit ici de l'économie de la Providence universelle, on nous permettra quelques considérations générales, et, suivant nous, très importantes, sur cette matière.
Il y a, disent les astronomes, deux forces contraires dont la résultante maintient la course des astres dans leur gravitation harmonieuse. Dans le monde moral où notre liberté s'exerce, et comme
pour fournir un vaste champ où se déploie la toutepuissance de Dieu, deux forces opposées maintiennent aussi la vertu : l'expérience du bien et l'expérience du mal. On voit dans l'histoire du peuple d'Israël que s'il est fidèle à Dieu, sa prospérité s'assure; s'il se détourne de lui, les calamités se succèdent.
C'est là ce que les prophètes ne cessent, pour le maintenir dans le bien , de répéter à Israël , et l'histoire de ce peuple est la justification de leurs avertissements. David et Salomon, prophètes tous deux, ont rendu l'expérience manifeste à la fois par les vicissitudes de leur vie et par leurs écrits. Types l'un et l'autre du Sauveur Jésus dans leurs actes de vertu , ils ont attiré la prospérité sur leur nation tant qu'ils se sont montrés fidèles à leur vocation ; ils ont déchaîné des malheurs sur Israël quand ils l'ont méconnue. Leur vie est une éclatante prophétie des bénédictions qui accompagneront la vertu, et des fruits amers que multipliera le vice jusqu'à la fin des siècles ^
Le mal pour Israël est l'infidélité à la loi de Moïse et l'oubli des promesses messianiques; le mal pour le peuple chrétien sera l'infidélité au code de l'Évangile et l'abandon de Jésus -Christ et de son Eglise ^ Voilà ce que le règne de Salomon a prophétisé par la double phase qu'il a traversée, et ce que les Pères de l'Eglise ont souvent dit et souvent remarqué. Et ne le voyons -nous pas nous-
* August. De Boctrin. christ. 1. III.
2 Quod in illo (Salomone) diversis temporibus exstitit, prius bonum etposterius malum, hoc in Ecclesia uno tempore ostenditur. Nam bona illius, bonos Ecclesiec, mala autem illius, malos Ecclesise significari puto. (Raban. In Ecclesiastic. xv.)