‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 138 sur 339 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les voyageurs qui ont parcouru la Palestine et y ont séjourné ont remarqué qu'il n'est presque pas de reste antique qui ne ramène sur les lèvres du cicérone le nom prestigieux de Salomon. Murs, jardins, réservoirs, aqueducs, tout, disaient les Turcs aux croisés, a été fait par le grand roi. On a composé sa gloire de toutes les œuvres de la monarchie juive. L'imagination populaire, simple et synthétique, a toujours besoin d'un nom auquel elle rattache tous les souvenirs, sans ombre de souci chronologique, sans critérium archéologique. La dynastie de David a eu sa légende, et le fils de Bethsabée en a été le héros. On lui a attribué toute pierre sculptée, comme tout livre traitant de la sagesse. C'est une loi historique qui semble empruntée aux lois sidérales : un grand nom est comme un noyau puissant qui s'accroît des matières nébuleuses qu'il traverse. Un grand nom, dans l'imagination populaire, absorbe dans sa gloire la gloire d'un siècle tout entier. Il est inutile de discuter avec la foule, quand elle concentre dans l'œuvre d'un grand homme les travaux et les conquêtes qui sont l'œuvre collective d'une société. Peut-être n'a-t-elle pas absolument tort. Les hommes, d'ailleurs très

méritants, qui appliquent et perfectionnent ce que le génie de l'inventeur a découvert, ne sont que les satellites de l'astre autour duquel ils évoluent.

Toutes les pierres taillées ou sculptées des jardins d'Etham et de l'Haram-Schérif sont attribuées par les Arabes à Salomon, parce que Salomon a construit un palais et élevé un temple dans ces lieux.

Salomon avait eu une mission divine; de plus il était un profond moraliste et un grand écrivain , qui avait fait de la sagesse son thème favori et son inspiration : on lui a attribué tous les livres sapientiaux de la Bible. Les moralistes venus après lui ont écrit sous son nom, parce qu'ils continuaient son œuvre. Les Arabes attribuent encore aujourd'hui leurs proverbes anonymes à Salomon; Mahomet l'avait fait avant eux.

Mais la science de la critique ne peut parler comme le peuple. Elle veut savoir avec exactitude la vérité voilée sous la légende, et faire une juste part de ce qui revient à chacun dans le mérite et dans l'honneur. Elle se demande ce que Salomon a réellement écrit et quelles sont les œuvres littéraires émanées de ce royal auteur.

Un passage de l'Ecriture nous apprend que ces œuvres étaient considérables. Voici ce passage : « Dieu donna à Salomon une science et une sagesse extraordinaires , une intelligence aussi vaste que l'étendue des rivages de la mer. Il prononça trois mille maschal ou paraboles, et composa cinq mille schir ou cantiques. Il traita aussi de tous les arbres, depuis le cèdre, qui croît sur le Liban, jusqu'à l'hysope, qui sort des murailles, et il décrivit les quadrupèdes, les oiseaux, les reptiles et les poissons. On venait de tous les pays se faire témoin de la

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