CHAPITRE III
science de Salomon ; les rois qui avaient ouï parler de sa sagessse lui envoyaient des ambassadeurs ^ »
A son tour l'Ecclésiastique chante ainsi les louanges de Salomon : « 0 prince, comme vous avez été instruit dans votre jeunesse ! vous avez été rempli de sagesse comme un fleuve, et toute la terre a été découverte à votre âme. Vous avez renfermé des énigmes dans une multitude de paraboles ; toute la terre a admiré vos cantiques , vos proverbes , vos paraboles, et l'interprétation que vous avez donnée aux choses obscures ^ »
Faut-il, comme les rationalistes le supposent, voir ici la traduction d'une légende populaire? Nous ne le pensons pas. Sans avoir recours aux explications des rabbins, qui dans un même verset, dans son parallélisme , voient deux , trois et même quatre proverbes, et, par cette multiplication des 800 proverbes conservés sous le nom de Salomon , arrivent à justifier le chiffre du texte, 3 000, nous disons : Si pendant les quarante ans de son règne Salomon avait fait chaque année de 60 à 80 proverbes , ce qui ne paraît pas impossible, on arriverait facilement à 3000. Quant aux cantiques , si on donne ce nom à ce que nous appellerions un couplet, un refrain; si, d'autre part, nous voyons combien de proverbes, avec leur parallélisme et leur rythme, ressemblent aux schir et ont pu mériter ou usurper ce nom sur les lèvres du peuple, le texte de la Bible paraît justifié, d'autant plus qu'il s'agit manifestement dé chiffres ronds, et que personne en Orient n'y est trompé ^.
^ m Reg. IV, 29.
« Eccli. XLVii, 15-19.
^ Gajétan cloute s'il nous reste quelque chose des paraboles et des cantiques : Nescio si aliquid horum habetur a noMs; tout au plus.
Les ouvrages d'histoire naturelle composés par Salomon ont entièrement péri. Eusèbe admet qu'on les a systématiquement détruits , à cause des méprises et des superstitions dont certains textes mal compris fournissaient l'occasion*.
Nous n'avons donc entre les mains que trois livres pouvant être attribués à Salomon : l'Ecclésiaste ou Kohéleth, les Proverbes et le Cantique des cantiques.
On croit posséder dans le Kohéleth les conclusions des études que fît Salomon du monde physique et moral. Il fut sans doute, dans ce livre, inspiré par l'Esprit- Saint ; mais Dieu a voulu qu'il écrivît ce qu'il avait expérimenté et ce qu'il avait vu : la nature en elle-même est imperfection, limite, séduction, illusion, vanité.
Le Kohéleth semble devoir être placé à la tête des écrits de Salomon. De même que l'enseignement de nos séminaires fait de la philosophie une introduction naturelle à la théologie ; de même nous considérons le Kohéleth, cette étude philosophique du monde , comme un ouvrage préliminaire et préparatoire aux deux autres livres, les Proverbes et le Cantique. En cela nous suivons l'exemple de Pinéda, l'historien de Salomon et l'un des commentateurs les plus érudits qui aient traité des livres salomoniens ^.
dit- il, nous avons le tiers des proverbes composés par Salomon. (V. Pineda, De rébus Salom. 1. III, c. xxix.)
' Josèphe raconte que de son temps on se servait encore des remèdes indiqués par Salomon dans ses livres sur la médecine {Ant, jud., 1. VIII, c. II). Il en a été ainsi des écrits du théologien Albert au moyen âge.
2 Si de peculiari materia et fine ipsius sacri Scriptoris agamus, certe materia hujus libri (Ecclesiastae) prima est, scopusque primus