‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 143 sur 339 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

il est question de troubles et d'agitations, de justice violée, d'insensés parvenus au pouvoir, etc. Or l'Écriture témoigne de la paix profonde du règne de Salomon, du zèle de ce prince à rendre la justice et de la sagesse de son administration.

Pas plus que le fond, la forme du livre ne correspondrait à ce que nous savons de Salomon. Si de la lecture des Proverbes on passe à celle de l'Ecclésiaste , dit Rosenmuller, on verra combien le style de ce dernier est différent de celui d'un livre dont Salomon est assurément l'auteur. Le style des Proverbes est bref, précis, élégant, poétique, de l'hébreu le plus pur; celui de l'Ecclésiaste serait pauvre , prolixe , négligé et parsemé de tournures et de mots araméens. Donc , conclut le même auteur, la rédaction de ce livre ne peut être de Salomon. Elle semble bien postérieure.

Rosenmuller en place la composition entre Néhémie et Alexandre le Grand (450-333). Les protestants ont depuis beaucoup varié quant à la fixation de l'époque de la rédaction du Kohéleth. Délitzsch estime que ce livre a été écrit sous la domination des Perses. Kleinert veut reconnaître les habitudes des satrapes dans le tableau de l'injustice , du despotisme et du dérèglement des grands, peints par Salomon. Hitzig suppose que l'Ecclésiaste a été écrit au temps de Ptolémée Epiphane , 200 ans seulement avant Jésus -Christs

L'auteur du Kohéleth aurait placé son œuvre sous

^ M. Renan, après avoir attribué le Kohéleth à Salomon {Hist. des langues sémit., p. 433), s'est ravisé et a transporté l'ouvrage « vers le temps d'Alexandre » {le Cantique des cantiques, p. 101). Enfin, en 1885, M. Renan déclare qu'il « fut écrit peu de temps avant l'Évangile et le Talmud » ! {L'Ecclésiaste, p. 64.) Où s'arrêtera-t-il ?

le nom et l'autorité de Salomon, imitant son langage et sa méthode. On sait que le livre de la Sagesse a été composé de la sorte. Gicéron, dans son traité De Senectute , fait parler Gaton; Tite- Live, Tacite, placent leurs propres pensées sur les lèvres de leurs héros. Un auteur inconnu, pour recommander sa doctrine et lui donner autorité, l'aurait mise dans la bouche du plus sage des monarques et du roi le plus vénéré des Israélites. L'homme qui par sa situation , ses goûts curieux , ses investigations, ses recherches et ses expériences, connut le mieux toutes choses, aurait paru le plus autorisé à les juger, et, par conséquent, le mieux placé pour savoir ce qu'elles valent. Puisqu'il en déclare la vanité, sa parole a un poids immense.

Les raisons invoquées par Grotius et les hypothèses proposées par ceux qui l'ont suivi ne peuvent prévaloir, à notre avis , contre les traditions constantes des juifs* et des chrétiens jusqu'au xvif siècle, ni contre les considérations qui les justifient.

D'abord le titre est formel, et il attribue l'Ecclésiaste à Salomon; le premier verset porte sa signature : « Paroles du Kohéleth, fils de David et roi de Jérusalem. » Il est vrai que Salomon n'est désigné que par un qualificatif, VEcclésiaste; mais ces appositions : (( fils de David et roi de Jérusalem, » désignent expressément Salomon ^

* Midrasch, Jalkut, sur i, 1 du Kohéleth. Au synode de Jabné, vers l'an 90 de notre ère, dans la querelle de Gamaliel contre Schammaï, on reconnut que l'Ecclésiaste et le Cantique des cantiques avaient été écrits par Salomon; qu'ayant toujours été vénérés des Israélites,, ils ne devaient pas être bannis du canon pour des scrupules que du reste on dissipa aisément.

^ On a cherché à expliquer la signification du mot Kohéleth ; les

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