CHAPITRE IV
dernière. On a souvent fait observer que les critiques exagéraient considérablement le nombre des araméismes , et que le caractère araméen n'était pas partout où ils le découvraient. Mais, disons -le une bonne fois pour toutes , une permutation entre deux idiomes d'une même langue prouve peu de chose. L'araméen et l'hébreu peuvent être considérés comme deux dialectes jumeaux. On peut dire que les Hébreux , à leur origine , ont parlé le chaldéen , et que les Ghaldéens ont parlé l'hébreu. Si Abraham, après avoir quitté Ur, son pays natal, a modifié le langage paternel; si, d'un autre côté, les Ghaldéens d'au delà de l'Euphrate ont, le long des âges, modifié le leur, cette marche d'une même langue en deux sens divers n'a pas empêché que beaucoup de locutions ne leur soient restées communes, soit dans les mots, soit dans le tour ^ On remarque des expressions plus ou moins chaldaïques, surtout dans la poésie, où les poètes, pour relever leur diction, affectent les mots et les tours archaïques. Cette observation explique parfaitement la présence d'araméismes dans Job et dans les Psaumes.
Mais ce qui devrait réduire encore l'importance de cette objection , ce sont les lumières qu'ont apportées les investigations des voyageurs et le progrès des connaissances géographiques depuis le commen-
* L'araméen , au temps de Jacob , était parlé simultanément avec l'hébreu (Gen. xxxi, 47), et il fut, sans discontinuation jusqu'à la captivité , la langue de la partie de la Syrie qui est au nord de la Palestine. Quand les Juifs eurent été emmenés captifs, le dialecte araméen fit invasion dans le pays dévasté; à leur retour, ils le trouvèrent répandu partout et ils l'adoptèrent peu à peu. Nul doute que les savants et les ministres du roi n'aient parlé , au temps de Salomon , les deux langues hébraïque et araméenne à la fois , comme plus tard au temps d'Ezéchias (IV Reg. xviii, 26).
2o4 LES ECRITS DE SALOMON
cernent de ce siècle. On supposait qu'Israël était une petite nation, sans rapport avec les populations de l'Egypte ou de la Mésopotamie, absolument étrangère à ces pays, et comme entourée d'une muraille plus infranchissable que celle de la Chine. C'est là une erreur, qui apparaîtra plus manifeste à mesure que la connaissance des temps anciens progressera davantage. Si, avant Salomon, Israël n'était point en état de réaliser l'exportation des produits de son sol ou de son industrie \ toujours est- il que les importations assyriennes en Palestine avaient déjà pris beaucoup d'importance. Des routes d'une haute antiquité, et aujourd'hui bien connues, conduisaient les caravanes aux régions de l'Euphrate. Les nations sémitiques communiquaient entre elles, et l'appellation des choses, le langage, voyagent avec les hommes et les njarchandises. Que de mots, que de locutions anglaises , italiennes , germaniques et indiennes se sojit naturalisés parmi nous, sans que les nations aient été transportées les unes chez les autres î
Enfin, puisque nous constatons nous - même ^ que tout l'Ancien Testament a été revisé et restauré au temps d'Esdras revenu de la captivité, pourquoi s'étonnerait - on des araméismes dont on pourrait trouver la trace dans la Bible, y compris le Pentateuque? Les professeurs allemands, pour faire montre de leur savoir, ont vraiment beaucoup trop abusé des subtilités étymologiques dans leurs cours universitaires et dans leurs livres. Au temps de la capti-
* Nous voyons toutefois les Hébreux , au temps des Juges , enti-etenir avec les Phéniciens des relations commerciales dont ils tiraient de grands avantages. (Jud. v, 17).
* David, Introduction.