‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 148 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pour tous les hommes de bonne foi , quelles que soient leurs croyances , l'Ecclésiaste , aussi bien que les Proverbes et le Cantique des cantiques , doivent être considérés tout au moins comme les échos des doctrines salomoniennes , comme des spécimens et au besoin comme des preuves fournies par une nation en faveur de la sagesse et de l'élévation d'esprit de l'un de ses plus grands monarques ^

Il ne faut donc pas chercher dans l'Ecclésiaste des doctrines modernes, inconnues à Israël, et qui répugneraient à sa foi; des doctrines soit sceptiques, soit pessimistes. Le lecteur n'y trouvera, en effet, que l'une des expositions les plus autorisées de la foi et des croyances séculaires du peuple juif.

§ I. Le Kohéleth touche aux questions brûlantes de notre temps, et il les éclaire.

Le livre de l'Ecclésiaste , qui , par la profondeur de ses jugements et la terrible franchise de ses paroles , a éclairé tant de générations passées , est un livre didactique au premier chef et, nous oserions dire, plein d'actualité. Il semble écrit pour notre

hominum imperfectorum, ut eos ab amore mundi et omnis vanitatis averteret. Verba... quamvis stultis hominibus incredibilia videantur, sunt tamen , Spiritu sancto attestante , rectissima et veritate plenissima. Hsec ille non solum ex contemplatione, sed ex longo experimento loquitur. Optirao jure Salomoni sapientissimo fidem habere debemus. (De Gemitu columbœ, 1. I, cm.)

* Quamvis indubitatus auctor Ecclesiastse sit Salomon, libri tamen scriptor et compositor incertus et controversus esse potest, sine ullo errons periculo, ac sme ullo etiam auctoritatis libri detrimento. (Pineda, prsef. In Eccles. c. i.)

siècle et très propre à dissiper nombre d'illusions dangereuses aujourd'hui.

Ceux qui se sont donné la charge de conduire le peuple à des destinées nouvelles promettent aux générations futures le bonheur sur la terre. Sans doute, avec les progrès des arts et de l'économie sociale , avec l'équitable répartition des charges et le respect croissant des droits, la vie présente pourrait procurer plus de bien-être et de paix. Mais, quels que soient les désirables progrès des générations présentes et futures, il est malheureusement trop certain que la vie ici -bas ne sera jamais celle que les utopistes promettent. La terre n'est pas et ne sera jamais un paradis. Il y aura toujours des inégalités sociales et de tranchants contrastes. La loi de la nature a pour but tout autre objet que l'égalité des individus, même au sein de l'espèce. Tous diffèrent en puissance dès leur naissance ; les conditions diverses dans lesquelles se poursuit leur existence ajoutent encore à l'inégalité première. Tous finalement sont voués à la maladie et à la mort au point de vue physique , et , dans le domaine moral , au désenchantement progressif, à la douleur , aux illusions ; de rares bonheurs viennent , comme des rayons bienfaisants, éclaircir les tristesses et l'ennui ; mais ils disparaissent vite sous des nuages, et la couleur sombre de la vie, après leur disparition, semble plus noire.

C'est là ce que, mille ans avant Jésus-Christ, Salomon avait parfaitement vu et reconnu ; c'est là ce qu'il faudrait dire et répéter partout aujourd'hui, pour dissiper des illusions qui menacent de devenir dangereuses. Les résignations aux peines de cette vie sont rares. Loin d'en avoir l'estime, on les ca-

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