‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 150 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sans fin, en un mot Timperfection. Dieu n'a voulu ni le monde parfait, ni l'homme bienheureux pendant sa vie terrestre ; voilà la diction du Kohéleth^

Une autre différence essentielle entre la doctrine des pessimistes et les enseignements de Salomon, c'est que les pessimistes attribuent les malheurs, les fautes et les infortunes de l'homme à la fatalité des événements, tandis que Salomon, admettant le libre arbitre humain, montre l'homme responsable des actes contraires aux lois de la sagesse. Dieu a fait l'homme libre , Dieu a fait le monde imparfait. L'homme souffre et des écarts de sa volonté et de l'imperfection du monde. Voilà tout ce que le pessimiste peut reprocher à Dieu. Voilà ce que Salomon met en lumière, dans le but, comme nous le croyons, de fortifier dans les âmes le désir de l'avenir messianique.

Ils arrivent donc bien tard ceux qui , voyant dans ce livre tout autre chose que ce qui s'y trouve, annoncent que le scepticisme et le désespoir en forment toute la doctrine. Ce n'est pas le scepticisme ni le désespoir, mais l'affirmation et la démonstration des misères inévitables de la vie, accompagnées de la foi en Dieu et en sa justice , qui sont le fond du Kohéleth. Salomon était un profond croyant et un adorateur convaincu et absolument soumis de Jéhovah ^, et de plus il attendait le Mes-

1 « L'auteur est loin d'être un des insensés qui disent : Dieu n'est pas. On peut le trouver sceptique, matérialiste, fataliste, pessimiste surtout; ce que sûrement il n'est pas, c'est athée. Nier Dieu, pour lui, ce serait nier le monde, ce serait la folie même. » (Renan, VEcclésiaste, p. 20.)

^ « Deum time : « Grains Dieu , » ne cesse de répéter l'Ecclésiaste (m, 14; V, 6; vu, 19; viii, 12; xi, 9; xii, 1 et 13). « Observe tes pas quand tu vas dans la maison de Dieu. Mieux vaut l'obéissance à

sie. Voilà ce qui fait l'innocuité et l'excellence de ses récits.

Le philosophe Joubert avait un peu compris le monde comme Salomon : « On ne comprend le monde que lorsqu'on a connu le ciel, dit- il; sans le monde religieux , le monde sensible offre une égnime désolante*. » Et M. Garo ajustement apprécié le Kohéleth quand il dit : a Ce serait une interprétation bien superficielle que celle qui ne voudrait voir dans la sombre poésie de l'Ecclésiaste que le côté du désespoir, sans y voir en même temps le contraste des vanités de la terre , épuisées jusqu'au dégoût par une grande âme , avec des fins plus hautes qui l'attirent, et comme l'antithèse éternelle qui résume toutes les luttes du cœur de l'homme sentant sa misère dans l'ivresse de ses joies et cherchant, au-dessus de lui-même, ce qui doit combler le vide de son ennui ^. »

Au milieu du néant et des misères de la vie, il faut espérer dans la justice de Jéhovah et s'en rapporter à la sagesse incompréhensible et absolument mystérieuse de ses conseils. Jéhovah semble sommeiller ; mais Jéhovah aura son jour, ses grandes assises^, où il redressera le monde, où il jugera le juste et l'injuste.

Dans son premier ouvrage , le Kohéleth , Salomon ne pousse pas ces enseignements plus loin. C'était assez , c'était beaucoup pour les nations idolâtres que Salomon avait en vue en écrivant ce livre. Quel

la loi que les sacrifices des sots (v, 17). » M. Renan n'en a pas moins écrit que « l'on dirait que l'auteur ne connaît pas la Thora ».

1 Pensées, p. 42.

^ Le Pessimisme au xix^ siècle, p. 3.

3 Eccle. XII, 14.

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