‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 151 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

est ce jour de la justice de Dieu, « le point de mire de la conscience froissée d'Israël? » Quel est le mystère de sa justice dans ce monde et dans l'autre? Quelles seront les compensations, les récompenses et les châtiments de la vie future? Ce sont là autant de questions réservées que Salomon ne traitera pas dans le Kohéleth. Il lui suffit pour cette fois d'affirmer la justice; or, le monde étant l'injustice même, il voit là un problème dont la solution mystérieuse doit être abandonnée à Dieu ; mais il laisse soupçonner à ses lecteurs que cette solution se trouve dans une seconde vie succédant à la première et dans un monde plus parfait, le monde messianique.

III. Le point de vue où se place Salomon dans son étude du monde.

S'il nous fallait établir ici que Salomon , dans le Kohéleth, a éclairé le mystère d' outre - tomb e , nous serions fort empêchés. Il a déclaré que l'âme, à la mort , retourne à Dieu qui l'a créée , comme le corps retourne à la poussière dont il est sorti; voilà tout. Il a écrit son livre pour prouver et établir d'autres vérités. Les apologistes qui l'oublient trahissent çà et là des peurs et des embarras qu'ils n'auraient pas, s'ils s'étaient rendu compte des conditions du livre et du but de son auteur. Dieu a inspiré à Salomon de peindre notre monde imparfait et les hommes tels qu'ils sont , selon la nature , avec leurs faiblesses ; d'exposer froidement , et surtout d'après l'expérience , l'impuissance de l'effort humain ^ .

* Naturam docet {Rieronym. Ad Paulin.). Ostendit Ecclesiastes

Voilà ce que le lecteur trouvera dans le Kohéleth. Salomon n'a pas reçu de Dieu des révélations nouvelles à communiquer sur la mort et ses suites. Il laisse cette question à l'état d'obscurité où elle était avant lui en Israël. On ne trouvera nulle part dans l'Ecclésiaste les doctrines matérialistes que les rationalistes prétendent y découvrir. Ni Théodore de Mopsueste, au iv"" siècle; ni Grotius, au xvi"; ni, au xix% de Wette, Hitzig, Knobel, M. Renan et ses disciples n'ont réussi à persuader les hommes de bonne foi , quand ils ont voulu faire de Salomon un sceptique, et de l'Ecclésiaste le manuel du disciple d'Epicure.

On respire peut-être dans le Kohéleth l'indépendance d'esprit, les audaces qu'un roi peut se permettre, et le dédain du convenu. Salomon écrivait pour son peuple sans doute, mais en même temps pour les nations païennes, au moins pour les Etats voisins, qui fixaient sur lui leurs regards curieux et émerveillés. Il semble avoir composé le Kohéleth avec la préoccupation des sentiments des nations qui l'entouraient, et du jugement que celles-ci porteraient sur son œuvre. De là, la fierté de sa plume et l'expression du dédain à l'égard du mode de survivance de l'âme adopté par les païens. « Qui peut savoir , écrivait - il , si ', quand l'âme entre dans l'éternité, elle monte, comme l'âme de la bête descend*? »

fluentem corporum substantiam (Euseb. Prœp, Ev. 1. II, c. v). Re^mm naturalium inhœret contemplationi (Didymus). Physicam tradet doctHnam. (Ferdinando). — Cf. Cursus Script sacrœ, auct. Cornely, etc., Gietman, Ecclesiastes , p. 7.

* Quis novit, si spiritus filiorum Adam ascendat sursum , et si spiritus jumentorum descendat deorsum (m, 21)?

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