‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 153 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

perstitions dont témoignent le rituel funéraire et l'histoire ont embarrassé la vie et humilié l'honneur du grand peuple égyptien. La doctrine qui est au fond du rituel apparaît comme un immense parasite enraciné sur l'arbre social et dévorant le meilleur de sa sève. Les divinités infernales, leurs groupes ternaires multipliés, leur culte et leur service, les exigences infinies de leurs prêtres, étaient la honte et l'asservissement de la nation*. Il fallait éloigner la pensée d'Israël de ces mondes imaginaires et sombres.

Moïse a usé, auprès de son peuple enfant, du meilleur remède pour délivrer les enfants de la crainte des spectres nocturnes : il a usé du silence.

Il est allé plus loin; il a défendu, sous les peines les plus sévères, ce qui de près ou de loin se rapportait au culte superstitieux des morts en Egypte.

Il faut savoir que, pour les Egyptiens, il y avait au-dessous du monde vivant un monde de momies. L'une de leurs plus absorbantes occupations était l'embaumement des hommes et des animaux. L'activité de ce grand peuple semblait reléguée dans ces horizons étroits et superstitieux ^

^ Cf. Lenormant, Histoire de l'Orient, t. III, p. 226 et suiv.

^ Si l'on veut savoir l'importance qu'un seul point du rituel funéraire, l'embaumement, avait conquise dans la vie de la nation, il suffira de lire la description du quartier Memnonia de l'ancienne Thèbes aux cent portes ou Ville des morts. « Absorbés par une préoccupation constante de leur dernier état, les Égyptiens passaient leur vie à préparer leur tombe. » (E. Feydeau, Revue de la Terre sainte, 1er novembre 1889.) Cf. Lenormant, op. cit., t. III, p. 236 et suiv., et Maspero, Archéologie égyptienne, ch. m. On l'a dit avec raison, quand l'Israélite, instruit par Moïse, parcourait l'Egypte, visitait les syringues de Thèbes, les memnonia et les hypogées du

Les lois mosaïques réagissaient vivement contre une représentation mensongère et idolâtrique de l'immortalité des âmes. Ce qui, dans la loi de Moïse, se rapportait au culte des morts était intentionnellement réduit à un minimum de strictes convenances. Tout ce qui pouvait ramener directement ou indirectement à Tidolâtrie égyptienne avait été condamné par Moïse : la nécromancie, la magie, les contacts, les rencontres même avec les morts et leur dépouille. Dieu avait voulu arracher Israël à des superstitions qui, descendues dans le peuple, sont plus que tenaces, à savoir indestructibles. La nécromancie était assimilée à l'idolâtrie. Les Egyptiens adoraient les cadavres des hommes et des animaux. Moïse, tout au contraire, déclare qu'il est impur aux yeux de Jéhovah celui qui touche même inconsciemment le cadavre d'un homme ou d'un animal * . Il faut lire dans l'Ecriture les expiations pénibles auxquelles était soumis, sous peine de mort, celui qui avait seulement touché à un os ou à un sépulcre ^ Moïse permet de pleurer ses morts sans doute, mais un certain nombre de jours seulement ^ ; il défend les exagérations , les deuils perpétuels et cruels, comme les tatouages. Il prohibe formellement qu'en pleurant les morts, les Israélites se fassent des incisions dans leur chair ^

Sérapéum, ces maisons des morts, objet d'infiniment plus de soins que celles des vivants, le sentiment qu'il éprouvait « était celui de la pitié qu'inspire la vue de l'absurde ». » Lev. V, 2; XI, 24-28.

2 Num. XIX, 16-21.

3 Deut. XXXIV, 8. Joseph., Ant.jud., IV, iv. Eccli. xxii, 13. (Cf. Gen. xxxvii, 35; l, 3, 10. I Reg-. xxxi, 13. Judith, xvi, 20.)

* Lev. XIX, 28. Deut. xiv, 1. Num. vi, 9, 13. — Le seul fait d'une mort subite devant un Nazaréen était pour lui une cause de

Page 1