‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 155 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

même rend à ce dogme un témoignage éclatant : « Il n'y a pas d'acte sur lequel ne doive s'exercer le jugement de Dieu, qu'il s'agisse de choses connues ou cachées , de bien ou de mal ^ » Le silence de Moïse ne détruit ni l'autorité de ce texte, ni celle de tous ceux qu'on invoque. MM. Derenbourg, Renan et Havet ont eu grand tort de le prétendre. Les âmes, à la mort, entraient dans le schéol. Mais quel était ce schéol? C'est ce que la religion mosaïque ne permettait pas d'approfondir. Les phari-

majorité du peuple juif avait la ferme croyance que l'homme juste continue à vivre et qu'il communique avec Dieu après la mort. Dans le cours si agité d'une histoire de 1 500 ans , on aperçoit à chaque pas les traces de cette croyance. Il n'est pas vrai que les Juifs aient puisé chez les Perses ou les Grecs la doctrine de la survivance. L'influence égyptienne n'a pas créé , mais fortifié la croyance d'Israël à la survivance, pendant les quatre siècles qu'Israël a passé en Egypte. Toute la religion des anciens Égyptiens pivote autour de la doctrine de l'immortalité et de la rémunération. Osera-t-on soutenir que les Hébreux n'en ont rien retenu , quand on voit les Grecs s'en emparer avec tant d'empressement , et qu'ils ne l'auraient pas adoptée si leur propre religion ne l'avait pas déjà développée en eux? » — « C'est, dit M. A. Maury, une thèse aujourd'hui banale à force d'avoir été vingt fois démontrée, que chez tous les peuples il existe une croyance unanime à la survivance. Seulement la manière de concevoir cette seconde vie varie à l'infini. Il est incontestable que les Hébreux ont eu sur ce point la croyance générale. » — « Si l'on veut vider cette question difficile, il faut, remarque M. Wallon, moins s'attacher aux quatre ou cinq textes cités d'ordinaire, qu'à la considération qui ressort de l'ensemble des écrits bibliques. Chez aucun autre peuple que le peuple juif on n'a vu porter à un si haut point de perfection la conception de Dieu providence et rémunérateur. Il est absolument impossible qu'un tel peuple n'ait pas eu la notion d'une seconde vie , durant laquelle la justice divine répare les torts de la première. » — M. Renan lui-même semble battre en retraite en avouant que « c'est du judaïsme qu'est sorti le christianisme, lequel fut, à coup sûr, l'appel le plus grand et le plus éloquent à l'avenir contre les injustices du présent». (Institut, séances des 9 et 25 avril 1873.) * Eccle. XII, 14. Nous discuterons plus tard les autres témoignages de l'Ecclésiaste établissant le même fait.

siens, au moment de la venue de Jésus- Christ, n'avaient encore de l'immortalité que des idées fort sommaires , erronées même , à plus d'un égard * .

§ V. Le but du livre : il fait désirer l'Évangile.

Si la tradition constante des Juifs et des chrétiens a toujours unanimement attribué à Salomon le livre de l'Ecclésiaste , c'est, en partie, parce que des trois ouvrages de ce roi, aucun ne porte aussi manifestement le cachet royal et personnel de l'investigateur de la nature et du monarque qui avait tout connu, le saint et le profane. Ce livre révèle, en efPet , à chaque page un prince puissant, à qui sa haute situation et son indépendance ont permis de goûter à tout. Il a tout vu, tout connu : la puissance , la science , le plaisir , la société des hommes à tous ses degrés, les mystères du cœur humain et ses entraînements. Il juge, non point comme un auteur satirique, les travers et les impuissances, mais en homme d'Etat, en roi, en philosophe. Il voulait mettre sous les yeux d'Israël et des peuples voisins le véridique tableau du monde. Il informait utilement ceux qui commandent, et leur disait

* Voici un curieux passage qui le montre : « Azarias interrogea R. Josua, fils d'Hananiah : D'où l'homme revit -il dans l'éternité? Et il répondit : La résurrection commence par l'épine du dos ; et il dit : Démontre-le-moi. Alors il prit un petit os de l'épine du dos et le mit dans l'eau, et il ne fut pas dissous; dans le feu, et il ne fut pas brûlé; il le soumit à la meule, et il ne fut pas broyé; il le plaça dans une forge et le soumit au marteau ; l'enclume se fendit , et le marteau se brisa. » (Midrasch Koelet, f. 114, 3.) Nous sommes loin de l'idée magnifique et lumineuse du corps spirituel de saint Paul.

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