‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 156 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

au juste ce que les hommes peuvent donner, ce qu'on peut ou non leur demander et en attendre. D'Esprit- Saint avait inspiré à Salomon d'écrire et les méditations de son esprit et les résultats de ses expériences \ afin d'être utile à tous, aux rois et aux sujets, aux grands et aux petits , aux jeunes comme aux vieux. Dieu, semble-t-il, en le préservant de toute erreur, ne l'a pas gratifié ici de révélations particulières.

L'humanité, vu les imperfections de sa nature, ses défauts, ses vices, la caducité et la brièveté de la vie, n'offre à celui qui la juge et la voit telle qu'elle est, en dehors des révélations messianiques, rien de très grand ni de très enviable.

Le but, comme le mérite du livre, est de dissiper les illusions. Sans doute, Salomon ne nie pas la possibilité du bonheur sur la terre ; mais les chances heureuses seront rares. L'Ecclésiaste expose comment on peut en profiter et en jouir. Il montre, avec une vigueur souveraine , que le bonheur n'est point où la plupart des hommes le cherchent. La soumission aux sévérités de Dieu quelles qu'elles puissent être, le respect, l'obéissance envers l'autorité, une existence modeste : voilà les conditions des maigres félicités permises à l'homme.

Dieu a inspiré Salomon de manière à lui faire tracer le tableau exact de l'état moral de l'humanité sans l'Evangile. C'est, comme dirait la théologie , l'état de nature pure , dans lequel Dieu aurait pu, mais n'a pas voulu créer l'homme. On

* Verba Ecclesiastse , dit Bellarmin, quamvis stultis hominibus incredibilia videantur, sunt tamen, Spiritu sancto attestante, rectissima ac veritate plenissima. Hsec ille (Salomon) non solum ex contemplatione, sed ex longo experimento loquitur. (De Gemitu columbse, 1. I, c. m).

est mal à Taise, comme troublé en présence du tableau; car riiomme n'a pas été créé dans l'état de nature pure décrit par Salomon ; ses aspirations vont plus loin. Le fils de David le savait bien. S'il a tu, dans le Kohéleth, les promesses rédemptrices, c'est à bon escient : il a voulu peindre l'humanité abandonnée à elle-même et sans grâces supérieures. Dieu non seulement, l'a permis, mais l'a voulu ainsi , afin que le livre fit naître , par tout ce qu'il contient de rude, une grande estime et un grand désir d'un règne plein de douceur, celui du Messie *.

L'Ecclésiaste fait goûter l'Evangile ; il s'y rattache par une racine profonde. L'Evangile ne vient -il pas consoler les souffrances et corriger les conditions de l'état moral de l'homme décrit par le Kohéleth, de l'homme tombé et privé des grâces surnaturelles ? Gomme Salomon , l'Evangile dira : « Sur la terre tout est vanité ; homme , n'y attache point ton cœur. » Mais il ajoutera: « Console -toi, tes larmes deviendront une source de joie. » L'Evangile appellera ces larmes bienheureuses , et il annoncera les compensations , les récompenses dont les inégalités, les souffrances humaines font naître le désir et éprouver le besoin sans les satisfaire.

Nous pensons qu'une intention, une pensée messianique se cache au fond du Kohéleth ; car , comme le dit le docte Pinéda, Salomon, en distinguant le vrai bien du faux bien, fait désirer la véritable félicité.

* Iren. Advers. hœres. 1. IV, c. xxvii. — Qui omnia quije desideravit potentia regia expertus est, et divinam protulit sententiam : Vanitas vanitatum..., ut sic multis rétro seculis prophetata et approbata esset doctrinaevangelica, quœ omnia docet contemnere propter Ghristum (Ferdinando, In Eccles. c. i).

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