CHAPITRE VIII
éléments de la dialectique de Platon , et cela dès la première page ^ .
§ I. Le Cosmos et l'effort humain.
Par le mot monde, Salomon entend l'univers, l'ensemble des choses créées, le Cosmos. En dénonçant la vanité du monde, Salomon veut dire que ce monde, ne subsistant pas par lui-même, n'a qu'une valeur empruntée et dépendante. En effet, tout icibas passe , tout se succède pour recommencer et finir. La mobilité, la fluidité des phénomènes, en démontrent la contingence et l'impuissance. Ecoutons Salomon :
« Vanité des vanités, a dit l'Ecclésiaste ; vanité des vanités, tout est vanité.
(( Que reste -il à l'homme de tout le travail auquel il se livre sous le soleil? Une génération passe, une génération vient, et la terre demeure. Le soleil se lève , le soleil se couche ; il retourne à sa première place, et il s'y lève encore; il décline vers le midi, et il s'élève vers le nord. Le vent tourne, et il retourne. Dans ses tourbillons il revient sur lui-même. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer ne regorge pas; ils retournent au lieu d'où ils sont sortis, et ils reprennent leur cours.
« Toutes les questions sont difficiles; la parole de
* Platon montre, au-dessus de la contingence et de la forme fuyante du phénomène, l'idée divine, archétype invisible et éternel du monde sensible. Explique-t-il la raison et le mystère du cosmos? Salomon aussi s'élevait jusqu'à Dieu : mais comment et pourquoi Dieu a-t-il créé le cosmos ? Le philosophe de l'Académie , dans les rêves admirables de son génie , a essayé de le dire ; mais dans quelle mesure a-t-il réussi?
l'homme ne peut les résoudre. L'œil n'est point satisfait de ce qu'il voit, l'oreille remplie de ce qu'elle entend. »
Puis s'élevant bien au-dessus des découvertes qui se rapportent au phénomène du cosmos, à son analyse et aux applications des lois de la nature^ il déclare que ces lois générales sont toujours identiques à elles-mêmes.
« Qu'est-ce qui a été? Ce qui sera. Et qu'est-ce qui a été fait? Ce qui sera fait. Rien de nouveau sous le soleil. Est-il quelque chose dont on puisse dire : Voilà une nouveauté? Les siècles passés Font déjà vue ^ »
Il faut que les savants en conviennent : si les effets des lois qui régissent le monde physique et le monde moral peuvent être modifiés, à quelques égards, par l'intervention de l'action humaine ; la nature et la matière demeurent les mêmes avec leurs inexorables lois. Ce que l'homme appelle de grands changements n'est que de petits changements. L'homme fait un travail de fourmi : il remue la motte de terre où il abrite sa petitesse , et il laisse la nature et les conditions générales de l'existence absolument dans le même état. La vie, la mort de l'homme, les saisons, les tempêtes, la chaleur brûlante de l'équateur, le froid des pôles, etc., tout subsiste ou se succède malgré nous. Et, en ce sens, qu'y â-t-il de nouveau sous le soleil?
Notre impuissance est aussi manifeste que l'imperfection du monde. Nous sommes condamnés à la lassitude engendrée par la monotonie de la nature, monotonie supérieure à tous nos efforts et consis-
Eccle. i,l-H.