CHAPITRE VIll
tant dans l'apparition et la disparition des mêmes phénomènes.
§ II. Vanité de l'effort humain dans la science.
La première raison de cette vanité, dit TEcclésiaste, est que l'homme oublie tout et que la mémoire de ce qu'il a réalisé ou tenté se perd bientôt. Salomon, qui avait réalisé, à l'aide de l'art et de la science, tant d'entreprises, pouvait, en considérant ses beaux palais, ses beaux jardins, tant de monuments superbes déployant leurs lignes magnifiques aux mêmes lieux où les Jébuséens avaient euxmêmes bâti et planté ; Salomon pouvait craindre qu'un jour aussi on oubliât ses œuvres; car, disait -il tristement : Non est priorum memoria : « On perd la mémoire des générations évanouies. » Et cependant, pouvait -il dire, que d'efforts, que de travail ces œuvres ne m'ont- elles pas coûté!
L'Ecclésiaste revient ensuite avec mélancolie aux fatigues de l'esprit recherchant les causes et l'explication des phénomènes qui se succèdent sous le soleil. Il y a mis de la peine , quserere et investigare; il y a mis de la méthode , investigare sapienter : et il a trouvé que c'était là une des besognes les plus ingrates auxquelles les fils des hommes puissent se livrer.
« J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à observer avec sagesse tout ce qui se passe sous le soleil; c'est un travail plein de douleur, que Dieu a imposé aux fils d'Adam durant leur vie * . »
^ Eccle. I, 13.
Salomon parle ici pour tous les hommes et pour tous les temps ; ses réflexions ont un caractère général. L'histoire des sciences et celle des chercheurs et des inventeurs ont- elles démenti les paroles de i'Ecclésiaste? Que d'hommes de génie ont été, pendant leur vie , mal récompensés de leurs peines ! L'inventeur se ruine en faisant la fortune d'un homme médiocre. Les découvertes suscitent contre leurs auteurs plus de jaloux que d'admirateurs. Le génie et la science ont eu de nombreux martyrs.
Enfin, quelle est, pour un moraliste considérant, comme Ta fait Salomon, le fond des choses et non pas leur surface , quelle est la valeur solide et réelle de beaucoup de découvertes vantées? Ce que les Grecs, le moyen âge, les temps modernes ont successivement découvert dans le monde de l'astronomie, de la physique et de la chimie, a-t-il contribué à rendre les hommes bien plus satisfaits , et surtout meilleurs? Il y a un siècle, Rousseau croyait qu'on était enfin sur le point « de voir paraître au grand jour les vérités essentielles au bonheur du genre humain ». Cent ans se sont écoulés depuis ce philosophe, et de quelque côté que l'on prête l'oreille, on n'entend que plaintes, murmures, cris de désespoir ou de révolte. Malgré le progrès accompli depuis le temps de Salomon dans le domaine des sciences, si ce monarque revenait à la vie, nous croyons qu'il dirait encore : « J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil, et voilà que tout est vanité et affliction d'esprit * . »
• Cf. Pauvert, Exposition du dogme catholique, 5« conférence.