‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 174 sur 339 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

il n'en emportera rien. Gomme il est sorti nu du sein de sa mère , il retournera nu dans le sein de la terre; assurément il n'emportera rien. L'avarice est une maladie; c'est une grande misère, et celui qui en est atteint s'en retournera comme il est venu. De quoi sert donc à l'avare d'avoir tant travaillé? Tous les jours de sa vie, au milieu du vide fait autour de lui, il s'est donné beaucoup de peine et n'a joui de rien *. »

« Un homme à qui Dieu a donné des richesses , du bien, de l'honneur, et à qui il ne manque rien pour la vie de tout ce qu'il peut désirer, se prive néanmoins de tout ! Dieu ne lui a point donné le pouvoir de jouir de ce qu'il a. Un étranger dévorera tout : c'est vraiment là une grande misère. Lors même qu'un homme aurait eu cent enfants, qu'il aurait vécu beaucoup d'années, qu'il mourrait avancé en âge, à quoi tout cela lui servira-t-il, s'il n'use point des biens qu'il possède?... S'il n'a point joui de ces biens, les emportera- 1- il dans l'empire des morts ^? »

§ IV. Vanité et dangers de la femme.

Le lecteur s'étonnerait si Salomon , parlant des folies et des vices de l'homme, avait passé sous silence la passion dont l'empire est le plus étendu et le plus funeste, l'amour des femmes. C'est au chapitre VII (24-29) qu'il en expose tout le péril. Il le fait dans les termes les plus éloquents et les plus forts. Son expression va si loin, que tous les com-

^ Eccle. V, 10-46.

^ Eccle. VI, 1-6.

mentateurs s'accordent à y voir une hyperbole. Mais, disent- ils, l'hyperbole est à sa place, à cause des ruines et de la profondeur des chutes dont la femme n'a cessé d'être la cause depuis les temps de l'Eden jusqu'à nos jours.

L'Ecclésiaste proclame qu'il a tout tenté pour être sage. Et voilà qu'au moment où il y pensait le moins, il a dévié à ce point, que jamais il ne s'était trouvé transporté si loin du but qu'il voulait atteindre, de la conquête qu'il voulait réaliser : la sagesse. « Comme elle a fui! comme elle se cache! s'écrie-t-il; qui pourra l'atteindre? »

Il a interrogé toutes choses , pour découvrir les règles, les lois et les raisons de la sagesse, et pour se rendre bien compte de l'impiété du sot et des erreurs de l'étourdi. Il a sondé l'amour des femmes et constaté ses suites. Eh bien! qu'a-t-il trouvé? Aucune plume n'a , sur un sujet traité de tant de manières, écrit des paroles plus fortes que les stigmates de feu avec lesquels Salomon flétrit la plus tyrannique des passions.

« J'ai trouvé, dit-il, la femme plus amère que la mort. C'est le filet des chasseurs. Son cœur est l'épervier du pêcheur, ses mains sont des chaînes : » Et inveni amariorem morte mulierem ^ quas laqueus venatorum est, et sagena cor ejus; vincula sunt manus illius.

Il a dit le danger : voici maintenant le remède. C'est l'amour divin , un amour généreux de la part de l'homme , et la grâce de la part de Dieu :

Qui placet Deo, effugiet illam [mulierem), « Sans courage, sans générosité, le pécheur deviendra sa victime : » Qui autem peccator est, capietur ah illa.

Salomon ne conclut pas lui-même, parce que la

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