‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 176 sur 339 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

diras : Elles ne me plaisent pas. Fais monter de joyeux alléluias vers ton Créateur pendant les jours de la jeunesse , avant que le soleil et la lumière du jour, et aussi la lune et les étoiles, perdent pour tes yeux fatigués leur charme et leur éclat, avant que la saison des pluies et des brouillards incessants afflige tes vieux ans. Viendra un temps où le corps du vieillard sera comme une maison dont la ruine approche. Les gardes de la maison, vieillis comme elle, tremblent comme les mains du vieillard, et les jambages de la première branlent comme les jambes du second. C'est l'infirmité dans ce qui était le plus fort et le plus agile. Dans la maison étaient des meules toujours actives; leur nombre a diminué , et celles qui restent ne servent plus guère. Telles les dents du vieillard.

a Dans la maison il y avait des sentinelles vigilantes regardant par des trous. Comme les yeux du vieillard, les sentinelles ne voient plus rien nettement.

a Comme une place dans laquelle on ne pourrait plus entrer, parce que les ouvertures en seraient fermées : la bouche du vieillard est fermée par les lèvres qui tombent. On n'entend plus la voix de celle qui était occupée à moudre , et la langue perd sa sonorité.

(( Alors sans doute, le sommeil étant court, on se lèvera tôt ; mais les oreilles du vieillard sont fermées aux concerts harmonieux du matin.

« Le vieillard craindra de marcher dans les lieux élevés , et ses pieds hésiteront quand il faudra monter.

« Sur sa tête a dès longtemps fleuri l'amandier. Hélas! jadis il avait la taille de la sauterelle , et

maintenant la taille s'est épaissie. Rien pour la vie, plus rien pour l'amour, lorsque l'homme s^en ira dans la maison de son éternité, au milieu des pleureurs et des pleureuses.

« Chante donc, Jeune homme, chante au Seigneur ton joyeux alléluia, avant que les liens d'argent, que les bandelettes d'or, tous ces muscles d'un corps jeune se rompent , avant que la cruche se brise sur la margelle de la fontaine, et que la roue qui fait monter l'eau de la citerne se disloque; avant, ô jeune homme, que la poussière de ton corps aille retrouver la poussière d'où il a été tiré, et que le souffle de vie retourne à Dieu, qui l'avait donné !

« Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste , tout est vanité ^ »

* Ghap. XI, 9, 10. Chap. xii, 1-8. Rapprochons de cette trop véridique description de la vieillesse celle de l'auteur inconnu éxxjpapyrus Prisse, dont nous avons parlé plus haut; on verra combien la poésie du Sémite inspiré s'élève au-dessus du réalisme égyptien : « Quand, dit -il, la vieillesse se produit, l'impuissance arrive, et la faiblesse enfantine vient à nouveau. Le vieillard reste couché, souffrant, chaque jour; les deux yeux se rapetissent, les deux oreilles se resserrent; la force s'use : plus de joie du cœur. La bouche se tait; elle ne parle plus. Le cœur s'obscurcit : il ne se rappelle plus hier. Les os souffrent à leur tour. Le bon tourne en mauvais; le goût s'en va tout à fait. La vieillesse rend un homme misérable en toutes choses; le nez se bouche, il ne respire plus. C'est égale fatigue de se tenir debout ou de s'asseoir.» (Lenormant, op. cit., t. II, p. 88.)

LES PROVERBES

Page 1