CHAPITRE I
d'un genre littéraire. L'Egypte, cet éducateur du peuple choisi, offre les premiers écrits connus des moralistes proprement dits : il semble à beaucoup d'auteurs qu'Israël reçut d'elle les premiers exemples de ce genre littéraire. Qu'on ne s'étonne pas de voir encore ici apparaître l'Egypte. L'Ecriture ne permet pas de douter de l'influence puissante et multiple que ce peuple a exercée sur Israël*. « C'est chez ce peuple, dit Bossuet, que Moïse a commencé à être puissant en paroles et en œuvres ^ »
Les découvertes modernes ont fait sortir des tombeaux d'Egypte, où ils étaient enfouis depuis des milliers d'années, des papyrus de dates différentes, sur lesquels sont tracées des règles de conduite qui rappellent, le parallélisme en moins, les livres sapientiaux. Les Hébreux auraient imité ce genre de littérature , mais rien autre chose ; car la morale égyptienne n'approche pas de l'élévation de la morale de la Bible. Bien antérieurs à Moïse, les plus anciens papyrus traitant de morale remontent au temps des Pharaons constructeurs des pyramides^. Le long des âges, la morale égyptienne au-
^ Act. VII, 25.
^ « Le sage, dit l'Ecclésiastique, passera dans les pays étrangers pour y trouver parmi les hommes la connaissance du bien et du mal. » (Eccli. xxxix, 5.)
^ « Ce sont des traités de morale toute positive et pratique , dit M. Lenormant , apprenant la manière de se guider dans le monde , qui ne s'élèvent pas jusqu'à une sphère plus haute que les livres de Confucius. On n'y trouve aucune trace de la doctrine chrétienne du renoncement et du sacrifice , mais seulement des règles pour respecter l'ordre établi de police sociale et pour faire rapidement son chemin dans le monde, sans gêner aucun des instincts de la nature. » (Lenormant, op. cit., t. II, p. 87, Papyrus Prisse, conservé à la Bibliothèque nationale.) Nous rapprocherons à l'occasion quelques préceptes de ces traités égyptiens de ceux de Salomon.
rait, dit -on, progressé et acquis plus d'élévation. Dans les traités plus récents , les idées semblent plus nobles et la forme supérieure *.
* En voici un spécimen. Écoutons les conseils que donne à son fils le scribe Ani : « Donne-toi à la divinité ; garde-toi constamment pour elle, et que demain soit comme aujourd'hui. Que ton œil considère les actes de la divinité; c'est elle qui frappe celui qui est frappé. C'est moi qui t'ai donné ta mère, mais c'est elle qui t'a porté , et en te portant elle a eu bien des peines à souffrir, et elle ne s'est pas déchaînée sur moi. Tu es né après les mois de la grossesse , et elle t'a porté péniblement comme le bœuf porte le joug, sa mamelle dans ta bouche, pendant trois années. Tu as pris de la force, et la répugnance de tes malpropretés ne l'a pas dégoûtée jusqu'à lui faire dire : (( Oh! que fais-je? » Tu fus mis à l'école; tandis que l'on t'instruisait dans les écritures, elle était chaque jour assidue auprès de ton maître, t'apportant le pain et la boisson de sa maison. Tu es arrivé à l'âge adulte ; tu t'es marié, tu es entré en ménage. Ne perds jamais de vue l'enfantement douloureux que tu as coûté à ta mère , ni tous les soins salutaires qu'elle a pris de toi. Ne fais pas qu'elle ait à se plaindre de toi , de crainte qu'elle n'élève les mains vers la divinité , et que la divinité n'écoute sa plainte. » — « Ne suis point les femmes ; ne leur laisse pas prendre ton cœur. Garde -toi de la femme du dehors, de la femme inconnue dans ta ville. Ne la fréquente pas, elle est semblable à toutes ses pareilles ; n'aie pas de commerce avec elle. C'est une eau profonde, et les détours en sont inconnus. Une femme dont le mari est éloigné te remet un billet, t'appelle s'il n'y a pas de témoins; elle se tient debout, jetant son filet, et cela peut devenir un crime digne de mort quand le bruit s'en répand, même quand elle n'a pas accompli son dessein en réalité. L'homme commet toute sorte de crimes par cela seul. » (Lenormant, t. III, p. 142.) — Le lecteur, s'il garde le souvenir de ce qu'il vient de lire , constatera , dans les Proverbes de Salomon , une ressemblance assez frappante avec plusieurs maximes égyptiennes. Comme Salomon, elles mettent en garde contre la femme. Comme Salomon encore , elles flétrissent la femme de mœurs légères ; mais aussi elles vantent la femme sage et prudente. Elles recommandent au mari de la traiter avec égards et douceur. — « Ne sois pas rude pour ta femme dans la maison, quand tu sais qu'elle est selon Tordre. Ne lui dis pas : Où est cela? Apporte -le -nous! car elle l'a mis à la place convenable. Plein de joie, mets ta main dans la sienne. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas à quel point et comment l'homme se plaît à mettre le malheur dans sa maison. Toute direc-