CHAPITRE
Les Grecs composèrent des sentences et des maximes morales. Ce sont les Travaux et les Jours d'Hésiode, les Sentences dorées de Pythagore, les Gnomes de Solon, de Théognis et de Phocylide. Chez les Romains, les plus illustres guerriers, les hommes d'État les plus célèbres, Jules César, Marc- Aurèle, voulurent traduire en maximes brèves et profondes le résultat de leurs réflexions et de leur expérience. Les druides, dans l'ancienne Gaule, revêtaient de cette forme leurs enseignements ; et les sentences morales d'Odin dans VEdda prouvent que le genre n'était pas étranger aux hommes du Nord».
Mais nulle part le proverbe proprement dit, ce mode étudié , piquant et rapide d'instruire , n'acquit autant de perfection et d'honneur que chez les nations vives et spirituelles de l'Orient, spécialement chez les Arabes. Les proverbes, ceux surtout qui se distinguent par le naturel et la vivacité des images comme aussi par leur profondeur, exercent la plus grande influence chez ce peuple ; souvent une maxime
tion pour la tenue d'une maison gît dans la douceur patiente de l'homme. » — Enfin les conseils de discrétion et de modération de Ani se rapprochent aussi de ceux de Salomon : « Parle avec douceur à qui a parlé brutalement; c'est le remède qui calmera son cœur. N'observe pas de ta maison l'acte d'autrui. Si ton œil a vu et que tu aies gardé le silence , ne le fais pas raconter au dehors par un autre. Ne fais pas connaître ta pensée à l'homme de mauvaise langue , pour lui donner l'occasion d'abuser de sa bouche. Elle circule vite, la révélation sortie de ta bouche. En la répétant, tu crées des animosités. La chute de l'homme est sur la langue : prends garde de te procurer la ruine. Garde -toi de toute occasion de blesser par tes paroles; ne te fais pas redouter. Chez l'homme, le bavardage est condamnable; ce ne sera pas une ressource au jour à venir. »
^ Cf. Quitard, Études historiques sur les Proverbes français et le langage proverbial, ch. i.
courte et pleine de sens, citée à propos, l'excite ou l'apaise plus efficacement que ne le ferait tout un discours habilement composé * .
Entre les Sémites, les Hébreux excellèrent dans ce genre de composition. S'il est à croire que Salomon eut des prédécesseurs, il est certain qu'il eut une multitude d'imitateurs. De son temps, où la culture de la sapience fut une passion , nous oserions dire une mode, les maîtres en ce genre portaient le nom de Sages, c'est-à-dire amis de la sagesse, philosophes, ainsi qu'on disait en Grèce. On se les représente comme des hommes doués d'un esprit supérieur, puisant dans l'expérience et la méditation une instruction qui les élevait bien au-dessus du vulgaire. Sans prétendre au sacerdoce moral qu'exerçaient les prophètes, ils instruisaient ceux qui voulaient les entendre , reprenaient les insensés et cultivaient cette sagesse pratique que les Orientaux aiment à présenter sous forme de paraboles*. Les Sages en Israël popularisaient des doctrines, des règles de conduite inspirées par la loi de Moïse.
Voici la peinture que fait du Sage le fils de Sirach :
' Cf. Herbst, Historich-Kritische Eleitung in die Schriften des ait. Testam. Cornélius a Lapide, In Proverb., praef.
* Yoici un exemple de ces paraboles conservées dans le Taahnim (f. 54, 3) : « Un roi avait une vigne et trois ennemis. Que firent ces trois ennemis? Le premier coupa les rameaux; le second foula les grappes aux pieds; le troisième arracha les ceps. Ce roi est le Roi des rois, le Seigneur béni. La vigne du Seigneur est la maison d'Israël ; les trois ennemis sont Pharaon , Nabuchodonosor et Aman. » L'Ecclésiaste contient un exemple frappant de ces paraboles (ix, 14) : « Il y avait une petite forteresse; peu d'hommes l'occupaient. Devant elle s'avança un grand roi ; il l'investit , il établit contre elle de fortes machines de guerre. Il s'y rencontrait un homme pauvre et sage qui la sauva par sa sagesse, et personne n'avait songé à ce pauvre. Et moi, je déclare la sagesse meilleure que la force. »