‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 180 sur 339 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« Le Sage recherchera la sagesse de tous les anciens , et il fera son étude des prophètes. Il conservera dans son cœur les instructions des hommes célèbres, et il approfondira les paraboles. Il remplira son ministère au milieu des grands, et il paraîtra devant ceux qui gouvernent. Il passera dans les terres des nations étrangères, pour éprouver parmi les hommes le bien et le mal... Il répandra comme une pluie les paroles de la sagesse , et il bénira le Seigneur dans la prière. Sa mémoire ne sWacera point de l'esprit des hommes, et son nom sera honoré de siècle en siècle ^ »

Les Sages avaient leurs disciples, leur école ; ils s'efforçaient de rivaliser de talent , d'érudition et de perspicacité. On les retrouve au temps de l'Ecclésiastique et jusqu^au temps de Jésus -Christ ; alors ils s'appelaient Hillel, Schammaï et GamalieP.

Dieu voulut consacrer leur genre d'enseignement par l'inspiration; c'est elle qui explique la perfection des livres sapientiaux et la supériorité de leur morale sur toutes les compositions gnomiques des peuples anciens. L'inspiration conduisit Salomon à insérer dans des images ingénieuses de salutaires observations sur le vice ou la vertu. Il ne dédaigne ni les couleurs ni le trait pittoresque quand ils s'offrent à lui pour orner sa pensée ou la mettre en lumière. Dans le but de faire aimer la doctrine à son peuple , il la pare de fleurs. Depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope des murailles, tout lui est un sujet d'images et de métaphores de la plus riche variété. La morale devient une poésie qui s'anime au spec-

* Eccli. XXXIX.

^ Stapfer, la Palestine au temps de Jésus-Christ, p. 291

tacle de la création*. La poésie des livres sapientiaux, quoique plus hardie et plus fleurie que les chants des poètes classiques de l'antiquité, ne sort cependant jamais des règles du beau; et loin de braver notre goût , comme le font trop souvent les poésies de l'Orient, elle transporte par son haut élan, sans jamais blesser le sentiment esthétique le plus délicat ^

Job et ses amis employaient cette méthode d'images et de comparaisons , quand ils dissertaient ensemble sur les problèmes de la Providence et de la destinée des hommes, thèmes favoris des livres sapientiaux. Qu'on lise le livre de Job et celui des Proverbes : on verra à quelle hauteur s'élève l'essor lyrique des moralistes hébreux. Des comparaisons vives, originales, inattendues, saisissent l'imagination, stimulent Tesprit et l'entraînent dans des réflexions profondes. On se pose les plus hauts problèmes. On considère tour à tour les conditions et les caractères de la nature de l'homme, cette belle et singulière créature, sa grandeur comme sa faiblesse, ce qui le garde, ce qui le perd. L'attention est incessamment ramenée à la providence de Dieu, apparaissant au-dessus comme au fond de toutes choses et conduisant l'humanité à ses destinées.

Les préoccupations doctrinales et philosophiques d'Israël et des peuples voisins auxquelles répond le Kohéleth furent l'occasion du livre et l'expliquent. Ces préoccupations doivent être présentes à l'esprit du lecteur s'il veut se faire une juste idée de l'importance historique et doctrinale des Proverbes.

* Lowth, de Poesi Hebrœ., praelect. xii. Knobel, Prophetisrmis der Hebr., t. I, p. 362-377; Mgr Plantier, Études litt. sur les poètes bibliques, Salomon.

2 Cf. Munk, op, cit., p. 285, 297, 433, 442.

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