‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 181 sur 339 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Israël était alors comme un centre d'où rayonnait l'amour de la science morale de la vie. Les étrangers se faisaient un point d'honneur de rivaliser avec lui. Hiram et Salomon , au témoignage de Ménandre et de Dion*, s'envoyaient l'un à l'autre des gnomes et des énigmes.

La situation politique et sociale imposait à un monarque aussi vigilant que Salomon le devoir de justifier et de répandre de plus en plus chez les étrangers les enseignements doctrinaux et moraux du Pentateuque , avec les espérances messianiques dont les écrits de Moïse renferment le germe. Il faut bien admettre qu'Israël, à un moment de son histoire, se soit livré au prosélytisme si l'on veut accepter comme vraie cette parole de Tacite relative au messianisme : Toto percrebuerat Oriente,

Non seulement il fallait justifier le monothéisme et la promesse messianique devant l'étranger, mais il était nécessaire en Israël de maintenir dans leur ardeur la foi et l'espérance que les Psaumes de David et ses exemples avaient enflammées. La foi israélite courait des dangers. La Palestine se trouvait plus que jamais en contact avec des civilisations, des doctrines, des pratiques païennes. Il convenait de combattre l'étonnement et le trouble des âmes. Chaque peuple avait sa religion, ses dieux, son culte et sa morale, et tout cela était opposé par beaucoup de côtés aux dogmes et aux lois mosaïques. Cependant il fallait qu'Israël comprît que seul il était dans la vérité , dans la justice; que Jéhovah est le seul Dieu, et tous les autres dieux de vaines idoles. Le peuple, s'il avait été abandonné à lui-même, aurait -il pu le

Cités par Josèphe, Ant. jud., VII, ii.

comprendre suffisamment ? Ne pouvait-il pas être atteint dans ses croyances?

De là ce devoir de Salomon , si distrait qu'il fût par les affaires de son royaume , d'instruire lui-même son peuple, puisqu'il le pouvait mieux faire que tous les autres. Et ce fut moins sa supériorité intellectuelle et les goûts de son esprit, que la situation internationale d'Israël et les besoins de la nation, qui le poussèrent à écrire les 3000 proverbes dont parle l'histoire.

Ce n^étaient point les fantaisies d^un littérateur ou d'un philosophe qui l'engageaient dans la voie de l'écrivain qui multiplie les œuvres de sa plume féconde. A la fatalité du sort, aux caprices et aux volontés brutales des faux dieux , il fallait opposer les sagesses et les lois de la providence de Jéhovah. Aux immoralités créées par la passion et la séduction féminines, il fallait enlever le charme et les apparences trompeuses. Il fallait prouver par les faits de l'expérience , remis en mémoire sous des formes saisissantes, que Dieu punit tout ce qui est immoral et récompense ce qui est vertueux et fidèle. Il fallait des tableaux, des miroirs où tout cela se refléterait. Israël ne gagnerait rien à imiter les peuples qui se découvraient à lui, et il perdrait tout avec ses croyances, ses mœurs et son culte , que Dieu lui-même avait consacrés.

En montrant les devoirs que les conditions sociales imposaient alors à un roi d'Israël vigilant, nous venons de passer en revue les œuvres littéraires de Salomon, et de signaler particulièrement les Proverbes. Salomon fit, en écrivant, précisément ce qu'il devait faire , et il prouva que , sous ce rapport comme sous tous les autres. Dieu lui avait vraiment donné la sagesse.

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