CHAPITRE I
Comparée aux temps qui précédèrent, nulle époque ne fut d^ailleurs plus propre à donner naissance au grand essor de la littérature sacrée. Au temps des Juges, les mœurs agrestes et les guerres perpétuelles n'étaient point faites pour en provoquer l'épanouissement.
L'existence de David avait d'abord, par toutes ses phases, jeté ce roi vers la poésie lyrique. Transporté par le ciel d^une fortune obscure au faîte de la grandeur humaine , de la garde des troupeaux à la conduite des peuples, des luttes du berger contre les lions aux triomphes du général sur les armées ennemies ; conquérant de Jérusalem , vainqueur et maître de vingt nations autrefois ses rivales, le roiprophète inspiré chanta ses épreuves et ses gloires , figure des épreuves et des victoires du Christ. Il donna une forme définitive à la poésie lyrique des Hébreux.
Nourri dans une atmosphère plus calme, Salomon, au lieu d'arriver comme son père par les épreuves à la grandeur, y était né. Sa vie presque tout entière s'écoula dans un tranquille palais, au sein de l'abondance , au milieu des travaux de la paix. Des questions de morale , de conduite , de modération dans la richesse, de travail, de vertu et de discrétion dans la vie, s'imposaient. Dieu, sa providence dans le gouvernement du monde, enfin la destinée humaine , voilà des problèmes à l'étude desquels une ère de paix offre des occasions et des loisirs. Dieu voulut que Salomon correspondît aux besoins des esprits de son temps en recueillant et en écrivant ses Proverbes , solutions variées de tant de questions agitées.
Tous, anciens et modernes, s'accordent à regarder Salomon comme le chef éminent de la littérature
morale. La multitude de ses chants et de ses Proverbes , aussi bien que leur supériorité , le placent à la tête de tous les moralistes orientaux , et le peuvent faire regarder comme chef et maître en sapience.
Qu'on lise Marc-Aurèle et surtout Epictète : la morale de ces philosophes est dure ; au lieu d'attirer les cœurs, elle les éloigne. On sent que ces docteurs ne sont pas les amis et les pères de leurs disciples, ils en sont les pédagogues ; leur voix est hautaine et sans amour.
Il n'en est pas ainsi de Salomon. Autant sa doctrine est noble et pure dans les principes qu'elle développe , autant elle est douce et tendre dans le ton qu'elle affecte. On croirait, en maints passages, lire les pages suaves de V Imitation. Le docteur fait place au père, et le disciple devient un fils : « Mon fils,... » dit Salomon. Il y a plus : à ces exhortations paternelles il joint celles d'une mère : c'est par cette qualité que se caractérise la sagesse salomonienne. Ni le père ni la mère n'imposent leurs maximes avec empire : ils prient, ils conjurent, ils recommandent.
En esquissant l'histoire comparative du proverbe , nous avons, sans le chercher, montré la supériorité du proverbe salomonien , quant à la morale , la perfection , la forme et le ton , sur tout ce qui dans le passé paraît de près ou de loin lui ressembler. Ne nous en étonnons pas : ces leçons de sagesse n ^étaient point celles de l'homme , c'étaient des leçons descendant du ciel et inspirées à Salomon ^
' Gum perseveraret sapientiam enarrare, dit saint Irénée, et typum veri templi sedificabat, et glorias exponebat Dei, et Ghristi regnum prsefigurabat , et loquebatur tria millia parabolarum in adventum Doraini. {Advers. hœres. 1. IV, c. xxvii.)