CHAPITRE III
les vertus , les dogmes , auxquels ces pensées peuvent être rapportées.
Mais il arrive souvent qu'une pensée convient à la fois à des vertus et à des enseignements divers, et on ne se sent pas toujours porté à louer cette distribution des éléments d'un livre au gré d'un système. On sépare souvent deux pensées qui gagneraient à être jointes. On s'expose manifestement à fausser, sans le vouloir, les sens et leurs nuances. Il faut, selon nous, prendre le livre tel qu'il est, et non pas le faire ce que l'on veut. Aussi l'ordre que nous suivrons sera la suite du livre lui-même. Nous verrons que, tout en gardant son caractère de pensées ou de morceaux détachés ; il offre des parties distinctes par le ton, par l'allure et surtout par les titres.
On distingue huit recueils ou parties offrant des divisions justifiées. Nous indiquerons brièvement le contenu de chaque partie.
Premier recueil.
Le premier recueil est formé des neuf premiers chapitres. On lui donne le caractère d'une introduction, bien qu^il nous paraisse un petit travail distinct et complet en son genre. Mais il est vrai de dire que , vu son caractère synthétique et général , ses tableaux d'ensemble, on peut lui donner un certain caractère d'introduction. Il est bien placé à la tête des Proverbes.
Cette première partie est une sorte de dialogue, dans lequel le bien et le mal prennent tour à tour la parole. Le mal, ce sont les méchants. L'homme se montre violent dans ses injustices, la femme perfide dans ses séductions. Ce ne sont point de simples
images : ce sont des êtres vivants, en chair et en os. Salomon les a vus. Ils sont à Jérusalem comme partout. L'écrivain royal en fait la description.
Quant au bien, il apparaît sous la forme de la Sagesse. La Sagesse non plus n'est pas un être fictif: c'est une hypostase réelle et non une fiction. Elle vit en Dieu, elle est Dieu lui-même. Salomon reproduit ses paroles. Lui est-elle apparue sous une forme sensible? Quelques commentateurs l'ont pensé. Il nous suffit qu'elle se soit révélée à l'esprit de Salomon ; il n'est pas nécessaire que celui-ci l'ait vue des yeux du corps.
La Sagesse apparaît comme éternelle dans son essence et sa personnalité. Elle a^it sur la terre, et le caractère de ses œuvres est un témoignage de sa nature divine. Elle est en Dieu immanente, vivante. Elle est sur la terre à l'état d'inspiratrice, et elle se communique à l'homme qui entre en participation de ses lumières : en cet état, c'est la Sagesse communiquée ou participée. Cette distinction est essentielle ; c'est là la clef du morceau tout entier. La Sagesse s'y révèle à ces deux états, qu'il faut savoir reconnaître.
Le livre de Salomon débute par ces paroles :
« Proverbes de Salomon, fils de David, roi de Jérusalem, écrits pour faire connaître la sagesse et la discipline, pour faire comprendre la prudence, la justice et l'équité; pour mettre les enfants sur leur garde, et communiquer aux adolescents la science et l'intelligence. Le Sage, en entendant ces proverbes, deviendra plus sage, et l'homme intelligent plus habile. Il pénétrera le sens des proverbes, des paroles et des énigmes des Sages*. »
Prov. 1, 1-6.