CHAPITRE
d'ailleurs la figure , le train somptueux et Tamour du pouvoir. C'était un homme hardi, entreprenant, d'une conscience sans scrupules et toujours prêt à la lutter
Les sages le jugeaient peu propre à devenir le roi d\ine nation comme Israël. Des hommes comme Nathan, le grand prophète, et Zadoc, le grand prêtre de la maison d'Eléazar, pensaient ainsi : leur candidat était Salomon, né de Bethsabée. David avait les mêmes préférences. Il s^était d'ailleurs engagé , comme le raconte la Bible , envers Bethsabée, en l'assurant que Salomon serait son successeur. L'occasion avait manqué au roi de se déclarer ouvertement pour Salomon, et Fénergie lui avait fait défaut pour réprimer les allures d'Adonias. Il ne lui avait défendu ni le luxe des chevaux et des chars, ni sa brillante escorte de cinquante coureurs, sorte de garde d^honneur. Les deux frères avaient chacun un fort parti derrière eux. Adonias, soit qu^il crût David trop affaibli par l'âge et la maladie pour le combattre énergiquement ; soit , ainsi qu'il arrive souvent en pareille affaire , que son entourage le lui imposât; soit pour toute autre cause, décida, sous prétexte d^un sacrifice à offrir, un rassemblement des chefs de son parti , auquel un peuple composé de partisans et surtout de curieux devait s'adjoindre. Le rendez -vous était à la source Rogel , près de la pierre de Zoéleth , lieu de pèlerinage assez distant de la ville , du côté du. midi , en face du Gihon , situé plus au nord , où nous ver-
* Il avait, ditBossuet, sur Absalom ce malheureux avantage, qu'il trouva David défaillant et ayant besoin non d'être poussé , puisqu'il avait sa vigueur entière, mais d'être réveillé. {Polit, sacr., 1. X, art. VI, lie propos.)
rons bientôt Salomon proclamé et sacré K C'étaient deux sources et deux lieux de réunions populaires ^.
L'aventureux Joab et Abiathar devaient y jouer le principal rôle : deux graciés de David, mais tenus à distance et impatients de reconquérir les faveurs du trône. Tous les fils du roi, moins Salomon , s'étaient mis à la suite de leur aîné , et Joab avait entraîné les principaux de l'armée et particulièrement les hommes de la tribu de Juda ^. On n'avait parlé d'un sacrifice que pour masquer une intrigue. D'un autre côté^ les Gibborim, qui étaient le noyau résistant et dévoué de l'armée, et leur général Banaïas, avec la garde royale, formaient les principaux adhérents de Salomon ^
Aussitôt que Nathan connut ce qui se faisait, le saint prophète se résolut à intervenir énergiquement. Nous avons raconté tout au long, dans le précédent volume, l'habileté avec laquelle il s'y prit en envoyant d'abord Bethsabée révéler à David ce qui se passait et lui rappeler la promesse que Salomon régnerait. Lorsque l'indignation du roi fut
* Aïn-Rogel, aujourd'hui Bir-Eyoub, puits de Job, est situé au point d'intersection des deux torrents du Hinnom et du Gédron. Cette source se trouvait dans le jardin du roi. La fontaine de Gihon, que l'on a identifiée avec celle de Siloé , était située à une centaine de mètres au nord de Zoéleth , au pied de la colline d'Ophel , à quatre cents mètres environ de Jérusalem. (V. Guérin, Jérusalem, p. 201 et 204.)
2 Les sources en Orient étaient un lieu de réunion. Elles étaient aussi le symbole de la durée de l'autorité royale, l'image d'un règne long et prospère, le présage d'un bon gouvernement. Des commentateurs, après les Talmuds, expliquent ainsi pourquoi les rois étaient sacrés près des sources.
» IIIReg. I, 9, 25.
4 m Reg. I, 33.