CHAPITRE II
excitée par l'attentat d'Adonias contre l'autorité royale, lorsque les engagements positifs de David lui furent rappelés , Nathan parut subitement. Le vieillard entra dans une sainte colère : des ordres qu'il n'eût point donnés autrement furent communiqués à des serviteurs fidèles, que Nathan et Bethsabée avaient probablement prévenus et appelés à la porte du roi. Salomon doit monter la mule de son père : il sera accompagné de Nathan et de Zadoc, entouré des Gibborim et des troupes fidèles ; au son des instruments de musique ils descendront prestement à Gihon; et là, au milieu du concours d'un peuple ému d'indignation en voyant le roi mourant outragé par un fils ingrat, tant le peuple s'était attaché à David durant les dix dernières années, Zadoc répandra l'huile à flots sur la tête de Salomon , au bruit des trompettes et des acclamations ^ .
Ainsi fut -il fait au sein d'un enthousiasme indescriptible, à la fontaine de Gihon, en face de Zoéleth. On sait que l'exécution rapide des ordres du roi déconcerta les conjurés, aux oreilles desquels arrivaient les chants et les cris de Jérusalem soudainement électrisée. La sainte Ecriture, en quelques mots , fait un tableau saisissant de l'évanouissement subit du parti d'Adonias. On ne peut oublier le vieux général Joab, devinant aux sonneries des trompes ce qui se passe bien loin de ses yeux, ni ce fils du grand prêtre apportant la foudroyante nouvelle , ni cette salle du festin qui se vide incon-
* La cérémonie de l'onction des rois ne se répéta que rarement dans la suite. Elle ne se fit que lorsqu'il! y eut des difficultés quant à la succession, en cas de compétiteurs , comme pour Joas et Joachaz. Dieu tranchait ainsi la question par la main du grand prêtre.
linent, ni le malheureux Adonias, abandonné, fuyant seul au tabernacle et saisissant les acrothères de l'autel. Ce drame est l'un des plus émouvants de l'histoire sainte ^ .
Salomon était désormais le roi incontesté d'Israël. Il avait alors vingt ans, et devait en régner quarante, de 1018 à 978, selon M. Oppert, dont nous suivons la savante chronologie ^
Les scènes émouvantes et solennelles des derniers instants de la vie de David mourant, entouré de ce que Jérusalem avait de plus grand et de plus saint ; les suprêmes instructions qu'il donne à son fils , les exhortations touchantes, les traits de sagesse virile, d'amour du peuple et de piété envers Dieu : tout cela respire une grandeur incomparable dont Salomon fut le premier à profiter. Plus encore que son sacre à Gihon, les adieux suprêmes du père à son fils disposèrent le royaume tout entier à l'obéissance et au respect pour le jeune roi. Sa première popularité date des derniers jours de son illustre père^. La mort de David fut digne de sa vie. Ils sont rares les monarques qui, vieillis par les années, s^éteignent au sein d'une estime si haute et du regret profond d'un peuple entier. Ils sont plus rares encore ceux qui, loin de laisser à leurs successeurs le soin de payer leurs conquêtes ou leurs construc-
» III Reg. I.
^ Oppert, Salomon et ses successeurs , p. 90. — Des auteurs concluent du verset 21, ch. xiv (III Reg.), que Salomon venait d'atteindre seulement sa quinzième année quand il monta sur le trône. Josèphe lui donne quatorze ans, et, contrairement à l'Écriture, le fait régner quatre-vingts ans. D'autres le font régner de 1034 à 995 , ou de 1015 à 975.
3 I Parai, xxviii, xxix. III Reg. ii, 1-11. — David, roi, psalmiste, prophète, l^e partie, ch. xi.