CHAPITRE
Elle sera pour le mari douce et chère, biche très chérie^, dit l'Ecriture, cerva carissima. Salomon met en regard de la femme chaste et fidèle, qui répand le bonheur autour d'elle, la femme perverse et séductrice. Pour en détourner les hommes, il trace le tableau suivant. Que le lecteur nous permette de reproduire fidèlement les textes; la sainte Ecriture est toujours chaste. Dans le cours des Proverbes, Salomon a souvent décoché des traits contre la femme vicieuse ; mais ici il peint un tableau et esquisse des scènes :
c( Étant à la fenêtre de ma maison et regardant par les grilles, j'ai vu un jeune insensé. Il entre dans une rue obscure, et prend le chemin qui le conduit à la maison de la femme. C'est sur le soir, à la fin du jour, lorsque la nuit devient noire. Vient au-devant de lui cette femme parée comme une courtisane, adroite à surprendre lésâmes. Elle aime parler et vaguer. Le repos l'ennuie. Elle est inquiète. Elle va et vient. Ses pieds ne posent pas dans la maison. Elle tend ses pièges. Elle saisit la main du jeune homme, elle l'embrasse, et avec un visage provoquant elle lui dit : J'ai offert aujourd'hui un sacrifice, j'ai accompli un vœu. Je sortais pour vous rencontrer, je voulais vous voir, et je vous trouve. J'ai enguirlandé ma couche ; elle est couverte des tapis d'Egypte aux brillantes couleurs; je l'ai parfumée de myrrhe, d'aloès et de cinnamone. Venez, enivrons- nous de délices, jouissons de nos embrassements désirés jusqu'à l'aurore de demain. L'homme n'est pas à la maison; il fait un voyage qui sera long; il a emporté avec lui un sac d'argent,
* Prov. V, 2-19.
et il ne reviendra qu'à la pleine lune. Elle le prend dans le filet de ses longs discours, l'entraîne sur ses pas, prodiguant ses caresses. Et voilà que le jeune insensé la suit, comme un bœuf que l'on mène au sacrifice, comme un agneau bondissant et joyeux. Insensé ! il ne voit pas qu'on l'entraîne pour le lier, pour lui percer le cœur d'une flèche. On dirait l'oiseau qui se hâte de courir aux lacets. Il ne sait pas qu'il y va de sa vie. »
La Sagesse conclut comme il suit : « Donc , ô mon fils, écoutez-moi, faites attention à mes paroles. Que votre cœur ne se laisse point entraîner dans les voies de cette femme. Point d'illusions sur ses menées ; elle en a blessé et renversé plusieurs ; elle a tué les plus forts : les voies de sa maison sont celles de l'enfer, elles conduisent aux abîmes de la mort*. »
Gomme pour reposer les yeux et relever le cœur attristé et confus, Salomon place aussitôt sous le regard la peinture suivante de la Sagesse. Ce contraste est une nouvelle leçon. La Sagesse de Dieu va triompher de son indigne rivale , la volupté sensuelle : avec quelle puissance ! Devant les chutes lamentables, est-ce que la Sagesse ne va pas crier et faire entendre sa voix ?
« Des sommets élevés, cette voix descend au milieu des sentiers, aux portes de la cité, et elle dit : C'est à vous, ô hommes, que je crie; c'est à vous que ma voix s'adresse. Jeunes gens, apprenez la prudence ; étourdis , prenez garde , écoutez mes utiles leçons. Je placerai sur mes lèvres ce qui est juste et droit. Ma bouche publiera la vérité. La Sagesse
^ Prov. VII , 6-27.