CHAPITRE
déteste l'impie et réprouve la perversité. Préférez la discipline à Targent et la vérité à l'or. La Sagesse est meilleure que les bijoux les plus précieux. Tout ce que vous désirez ne peut lui être comparé. Moi, je suis la Sagesse. J'habite les hauteurs. Je suis présente à toute pensée judicieuse ; c'est de moi que viennent le conseil et l'équité. Les rois régnent par moi ; c'est par moi que les législateurs ordonnent ce qui est juste, par moi que les princes commandent, par moi que les puissants rendent justice. J'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui le matin se réveillent en pensant à moi, je les visite. C'est avec moi que sont les richesses, la gloire, la magnificence et la justice. J'enrichis mes amants ; j'emplis leurs trésors. Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies avant qu'il créât rien. J'ai régné dès l'éternité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient pas encore, et déjà j'étais conçue; les sources n'avaient pas jailli de la terre, les montagnes n'avaient pas dressé leurs masses énormes. J'étais enfantée bien avant les collines, avant les plateaux, avant les fleuves, avant que le monde fût affermi sur ses pôles. Quand le Seigneur préparait les cieux, j'étais présente; présente lorsqu'il bornait les mers et les emprisonnait dans d'infranchissables rivages. Lorsqu'il faisait le firmament, lorsqu'il j suspendait les nues..., j'étais avec lui et je réglais toutes choses. J'étais ses délices, et je me jouais sans fin devant lui. Je me jouais dans le monde, et mes délices sont d'être au milieu des hommes. Heureux le mortel qui m'écoute, qui veille à mes portes et observe. En me trouvant, on trouve la vie ; c'est le Seigneur qui opère en vous le vouloir et le faire. Celui qui pèche contre
moi blessera son âme, ceux qui me haïssent aiment la mort*. »
Enfin, comme pour humilier encore davantage sa rivale, la volupté : « La sagesse s'est bâtie un palais. Elle j a sculpté sept colonnes; elle a immolé ses victimes, elle a préparé le vin et disposé sa table. Elle a envoyé ses servantes dans [les palais et sur les remparts de la ville ; elles ont dit : Qui a le cœur simple et droit, qu'il vienne. Elle s'est même adressée aux insensés , et elle a dit : Venez , mangez de mon pain et buvez le vin que je vous ai préparé. Laissez tout ce qui est puéril, et apprenez à vivre. Entrez dans mes voies. Elle a encore dit à ses servantes : Laissez là les railleurs. Il se fait tort à luimême et s'abaisse celui qui discute avec eux. C'est aux sages qu'il faut parler, et ils vous aimeront. Le principe de la sagesse est la crainte de Dieu; la science des saints, c'est la prudence. Celui qui insulte à la vérité portera le poids de sa faute-. »
Qu'il jette les yeux sur un dernier tableau, et le lecteur aura le résumé et la substance du premier recueil des Proverbes. « Des hauteurs où l'a placé la sagesse, il ne sera pas tenté de descendre dans les basses demeures de la volupté. Celle-ci est une insensée criarde : elle a des charmes menteurs ; elle ne sait rien ; elle s'assied aux portes de sa maison ; elle appelle les passants du chemin, et ceux qui allaient à leurs affaires : Jeunes gens, dit-elle, venez à moi. Ce sont les eaux dérobées aux sources gardées qui sont les plus fraîches: c'est le pain d'autrui qui est le plus savoureux. L'insensé ne prend pas
* Prov. VIII.
2 Prov. IX, i-7.