CHAPITRE IV
On ne s'est pas contenté de nos jours d'amoindrir en son principe la morale de Salomon, on a supposé qu'elle favorisait le despotisme oriental qu'elle aurait dû combattre. Il n'en est rien. En parlant aux rois ses voisins, et aussi, nous le croyons, aux monarques d'Egypte et d'Assyrie, il adresse à tous ceux qui président aux destinées des nations les plus hautes et les meilleures leçons. Une se contente pas de leur donner des conseils relatifs au choix des ambassadeurs, de leur faire sentir la nécessité de gouverner par eux-mêmes, de se souvenir de la dignité que doit garder un prince à la tête d'un peuple riche et nombreux * ; mais encore Salomon a mis au nombre de ses proverbes ces admirables maximes que les prédicateurs du xvii" siècle rappelaient à Louis XIV et à la cour de Louis XV : « La justice élève les nations , le péché les rend misérables^. Sur les lèvres du roi reposent la sincérité , la sagesse et l'oracle.. Les jugements sont une exacte balance '^ C'est la miséricorde et la clémence qui affermissent un trône ^. »
Nous n'avons voulu relever ici que les points méconnus de la morale de Salomon, morale que le premier grand recueil suffît à venger des attaques d'une fausse critique. Nous ne voulons point en pousser plus loin l'exposition, il faudrait tout citer. Ce livre ne s'analyse pas. Il est, nous le répétons, une application du décalogue à toutes les condi-
18; V, 5 et seq. ; vi, 23; vu, 26; ix, 18; x, 2 et 17; xi, 19; xiii, 14; XIV, 27; XV, 24: xxi, 16.
^ Prov. XIII, 17; xxv, 13; xxvi, 6; xiv, 28; xx, 2, 8, 26.
2 Prov. XIV, 34.
3 Prov. XVI, 10, 12, 13.
^ Prov. XX, 28.
tions de la vie. On trouvera grand profit à le lire et à le méditer. C'est pour les prédicateurs un thème inépuisable d'enseignements.
Troisième recueil.
Le troisième recueil commence au chapitre xxii, V. 17, et se termine au chapitre xxiv, v. 23. Il débute par ces mots : « Prête l'oreille aux paroles des Sages , » que les commentateurs en général considèrent comme l'équivalent d'un titre, ou plutôt comme constituant un véritable titre. Le collecteur des Proverbes aurait voulu par ces mots avertir le lecteur qu'il ne va plus trouver les sentences écrites par Salomon lui-même, mais celles qui sur ses lèvres ont été recueillies par les Sages.
Il est certain qu'il existe des différences de métrique entre ce recueil et les précédents; les proverbes n'y ont pas la même concision , et souvent , au lieu d'être renfermées en une seule phrase, les sentences se continuent et s'éclairent dans un groupe de versets. Telle est, par exemple, l'exhortation contre l'ivrognerie qui termine le chapitre xxiii :
(( A qui dira- 1 -on : Malheur? Au père de qui dira -t- on : Malheur? Pour qui seront les querelles? pour qui les terreurs? pour qui les blessures honteuses? Pour qui l'obscurcissement des yeux? Sinon pour ceux qui passent le temps à boire le vin et mettent leur plaisir à vider les coupes. Ne regarde point le vin lorsqu'il brille dans le verre : il entre agréablement; mais il mord à la fin comme un serpent, il pique comme une vipère. Si tu te laisses aller à boire , tes yeux regarderont les femmes étran-