‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 198 sur 339 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quelle que soit la traduction que l'on adopte d'un texte énigmatique qui n'a pas encore trouvé son Œdipe, le chapitre xxx est une partie fort curieuse des Proverbes.

Aghur commence par confesser, avec une affectation visible d'humilité, son ignorance des choses de Dieu , qu'il n'a pu étudier. Et bientôt il excuse cette ignorance dans des termes très éloquents qui rappellent Moïse*, Job^ David ^ et Isaïe^. «. Qui peut, dit-il, monter jusqu'au ciel et descendre dans les profondeurs de la terre ? Qui peut prendre le vent avec ses mains? qui peut renfermer les eaux dans un vêtement? Qui a posé toutes les frontières de la terre ? Quel est son nom , le nom de son fils ? le savez -vous ^ ? »

Il ne sait rien de tout cela , mais il sait que Dieu

leurs yeux; ils traduisent ainsi : « Paroles d'Aghur, fils de la princesse de Massa, discours de cet homme. » On s'est demandé alors ce qu'était cette princesse dç Massa, apparaissant tout à coup, et voici ce que les modernes commentateurs admettent aujourd'hui assez communément: Massa serait une dénomination géographique, et désignerait un ancien pays voisin de la Palestine , où habitait le collecteur de proverbes , Aghur. Moïse en a parlé comme d'un pays voisin de Duma (Gen. xxv, 14. I Parai, i, 30). D'après Isaïe, Massa était située au sud-est de la Palestine, et renfermait une population ismaélite, ou plutôt une colonie de prosélytes ou d'Israélites. (Isa., xxi, 11). Plusieurs expressions de ce recueil indiqueraient une origine sémitique, mais cependant étrangère à Israël. Dans l'hypothèse des modernes, Aghur serait l'un de ces petits princes étrangers qui, remplis d'enthousiasme et d'admiration pour Salomon, venaient de loin écouter ses paroles. Aghur se serait composé pour lui-même et les siens ce petit recueil que l'éditeur des Proverbes aurait trouvé digne d'être inséré sous le titre général de « Proverbes de Salomon ».

* Gen. XXVIII, 12.

2 Job, XXVI, 8 et 14.

^ Ps. civ, 6.

* Isa. XL, 12.

s Prov. xxx, 4. Cf. Job, xxxviii.

est le créateur et le maître du monde, et qu'il a un fils. Il ne saurait expliquer des mystères, néanmoins la révélation Ta visité ; il a de grandes lumières sur Dieu.

Il y a comme un écho des paroles d'Aghur dans saint Jean ^ et dans l'Epître aux Romains ^

Ces paroles : « Quel est le nom de son fils? le savez-vous? » font penser à la sagesse hypostatique du chapitre viii des Proverbes. Des commentateurs supposent qu'Aghur était un prince étranger, un prosélyte comme Job, qui aurait eu des révélations divines. Nous préférons le sentiment qui attribue à Salomon ces hautes et mystérieuses révélations. Salomon met sur les lèvres d'un Aghur quel qu'il soit ses propres pensées.

Après s'être posé les questions que nous venons de dire , Aghur abandonne les hauteurs divines impénétrables ; il ne demande point que Dieu lui explique ses mystères, et voici son humble prière, pleine de sens et de charmes : « Je vous demande deux choses, ne me les refusez pas dans ma vie : éloignez de moi la fraude et le mensonge ; ne m'envoyez ni la pauvreté ni la richesse. Permettez que je mange en paix ma part de pain^ que j'échappe à l'insolence de l'homme repu, que je ne vous renie pas, mon Dieu, et que je ne dise pas : Qui est Jéhovah? Puisse -je échapper à la pauvreté conseillère du vol, et ne blasphémer jamais le nom de Jéhovah! Délivrez -moi des vanteries de l'esclave célébrant sa richesse ; que je ne l'entende pas vous blasphémer et provoquer votre colère. Préservez -moi de la race

* Evang. III, 13.

2 Rom. X, 6 et 7.

Page 1