CHAPITRE V
que nous avons à dire de la Sagesse assimilée au Verbe.
L'adorable et insondable mystère de la sainte Trinité révèle dans son concept l'existence de Dieu, un quant à sa substance éternelle, mais subsistant et vivant éternellement en trois personnes distinctes: le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce dogme, à la fois lumineux par ce qu'il exprime, et adorable dans ce qu'il tait, nous aide à connaître ce que la philosophie étrangère aux révélations divines ignore , à savoir : un Dieu vivant de sa vie propre , un Dieu se connaissant en lui-même et par lui-même, et non par la conscience et dans la conscience de ce qui n'est pas lui^ ; un Dieu s'aimant en lui-même et par lui-même aussi parfaitement qu'il se connaît; un Dieu réalisant éternellement un acte parfait d'intelligence et d'amour, au sein d'une puissance et d'une félicité infinies.
Ce mystère constitue le fond dogmatique de la religion chrétienne; il est le premier dans l'ordre des vérités nécessaires au salut , comme aussi le premier dans l'ordre des révélations divines, et saint Augustin en voit avec raison les traits élémentaires dans les deux premiers versets de la Genèse^.
Il entrait dans les conseils de Dieu de faire arriver les hommes, par des prophéties successives, à la pleine et complète notion de la sainte Trinité; mais
* On sait que les panthéistes affirment que c'est dans la conscience et par la conscience de l'homme seulement que Dieu prend connaissance de lui-même.
^ August. De Genesl ad litteram, I, il. — Dès la plus haute antiquité et avant saint Augustin, les Pères ont appliqué à la sainte Trinité ces paroles de Dieu dans la Genèse : « Faisons l'homme à notre image. »
c^était avec le temps et par degrés, pour ne pas éblouir nos faibles yeux, a dit saint Grégoire*.
Les Israélites, si on excepte ceux que Dieu a instruits par des révélations de privilège, savaient peu de chose, avant Jésus-Christ, de cet adorable mA^stère.
Dieu, connaissant la faiblesse des yeux de l'homme, a voulu les ménager et ne leur faire arriver la lumière que lentement et progressivement. « L'Ancien Testament annonce clairement le Père, dit saint Grégoire de Nazianze, et plus obscurément le Fils; le Nouveau Testament révèle clairement le Fils et ne fait qu'indiquer à travers les ombres la divinité du Saint-Esprit; mais maintenant l'Esprit est au milieu de nous afin que la Trinité rayonnât de lumières toujours progressives et toujours plus vives ^. »
Les Juifs savaient vaguement que Dieu a un Fils : Job, David, en avaient parlé dans leurs écrits. Mais, comme ils ignoraient sa nature , ils étaient fort empêchés de lui donner un nom. « Qui dira le nom du Fils de Dieu? Dites -le si vous le savez, » s'écriait Job , mettant au défi les Sages orgueilleux qu'il voulait confondre. David avait vu le Fils de Dieu à la droite du Père, mais c'est Salomon qui lui donne un nom. Sa prophétie marque un progrès sur le passé. Le plus sage des rois a appelé le Fils de Dieu Sagesse y nom sous lequel le Verbe s'était révélé à lui.
Nous ne voudrions ici rien exagérer, et le lecteur
* Orat. XXXI , 26. Ne solis radiis hebetes oculos adjicientes , iis quoque viribus, quibus prsediti eramus, periclitaremur.
2 Id. Orat. Vetus Testamentum Patrem aperte prsedicabat, Filium obscurius. Novum autem nobis Filium perspicue ostendit, et Spiritus divinitatem subobscure quodammodo indicavit. Nunc vero Spiritus ipse nobis versatur, ut progressionibus et incrementis Trinitatis lumen splendioribus illuceret.