‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 211 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

émanation, le vif rejaillissement, l'éclat de la lumière éternelle, ou, comme parle saint Paul, c'est le rayon resplendissant de la gloire de Dieu, l'empreinte de sa substance ^ »

Et ce n'est point seulement le Verbe en tant que Verbe qui mérite l'appellation de Sagesse ; c'est le Verbe fait chair, l'Homme-Dieu. La suprême beauté de Dieu nous appelle et nous invite à la reproduction de son infinie perfection : de là pour les hommes la nécessité d'avoir sous les yeux un modèle, un type. Or le type de la Sagesse, c'est Dieu.

Mais comment imiter une perfection qu'on ne voit que de loin et à travers le voile des créatures ? Dans quelle mesure pouvons-nous et devons-nous la reproduire ? Il y aurait lieu de nous étonner de cette exigence de Dieu, si le dogme catholique ne nous apprenait que la Sagesse parfaite a quitté les inaccessibles profondeurs où les anges la contemplent ; que le Sage par excellence u a été vu sur la terre et a vécu au milieu des hommes » . Le Christ , centre des vérités révélées , est la Sagesse incarnée de Dieu ; il est le Sage par cela même qu'il est le Christ. Il ne reçoit pas la Sagesse, il se la donne à lui-même; cette sagesse n'est pas accidentelle , elle est substantielle ; elle ne gravite pas vers sa perfection , elle est parfaite dès le premier instant. Si saint Luc nous dit que Jésus croissait en sagesse en même temps qu'en âge devant Dieu et les hommes * , lui qui est appelé dès sa naissance le Sage, le conseiller. L'auteur de la paix ^, ((il faut, dit Bossuet, entendre que la sagesse qui était en lui dans sa plénitude , par une sage

* Elevât, sur les ntyst., 2^ sem., iii« élév. 2 Luc. II, 52.

-' Isa. IX , G.'

dispensation, se déclarait avec le temps et de plus en plus par des œuvres et par des paroles plus excellentes devant Dieu et devant les hommes ^ »

Substantielle, parfaite, éternelle, la sagesse du Christ est en lui la racine de tous les dons divins qui doivent embellir sa nature humaine , ou , pour nous servir de la comparaison de saint Thomas, (( c'est le soleil fécond qui prodigue ses splendeurs et ses magnificences dans l'âme bénie du Sauveur, » et en fait cette sublime apparition que désirait Platon lorsqu'il écrivait : a La sagesse exciterait d'incroyables amours, si elle venait à être aperçue des yeux du corps ^. »

* Elevât, sur les myst., 20^ sem., xie élév. 2 Phèdre, t. VI, p. 58, trad. Cousin.

LES PROVERBES

L'enseignement de la Sagesse, au livre des Proverbes, comparé avec l'enseignement évangélique.

L'apparition dans l'Ancien Testament de l'idée prophétique du Messie- Sagesse, quoique moins remarquée peut-être qu'il ne conviendrait, est un fait aussi digne d'être relevé et médité que l'apparition, aux temps des Juges, de l'idée non moins prophétique du Messie-Roi.

Les Israélites, à l'époque de David et de Salomon, étaient convaincus que le Messie allait prochainement réaliser les destinées qui avaient été promises aux descendants d'Abraham et de Jacob. Les succès étonnants, les victoires étourdissantes de David, les gloires éblouissantes de Salomon, la renommée des deux grands monarques de Juda, l'élévation subite d'Israël au rang des grandes nations, tant de prospérités n'annonçaient- elles pas le très prochain avènement du grand roi attendu ? Salomon étant mort dans l'humiliation, dix tribus étant devenues schismatiques, il fallut se résigner aux ajournements et attendre ; mais l'Esprit, qui, comme un vent prophétique, souffla toujours sur la nation israélite, entretiendra et confirmera de plus en plus la foi au Messie futur.

Cependant il faut reconnaître que les prophètes sembleront désormais se préoccuper bien plus des mœurs du peuple, pour les améliorer, que des espérances messianiques pour les exalter.

Israël était, sous le règne de Salomon , trop imbu de l'idée de la gloire, trop disposé à croire prochaine la réalisation des promesses; et, de plus, Israël méconnaissait le vrai caractère du Messie. Sa royauté devait être spirituelle, et Israël se persuadait qu'elle serait temporelle.

Aussi les prophètes jusqu'à Daniel éviteront ce qui pourrait faire croire à un avènement trop prochain du Messie, et en outre ils s'attacheront, sans pourtant beaucoup y réussir, à convaincre leur peuple charnel du vrai caractère du Christ promis. Il sera méconnu, persécuté, immolé, disent les Voyants, voulant dès lors soustraire les Juifs à une erreur qui devait, dans l'avenir, leur être si préjudiciable. Dieu, de son côté, ne choisira plus pour types figuratifs les rois et les puissants de la terre : Salomon sera la dernière figure royale du Messie -Roi. Les prophètes, hommes pauvres et persécutés, auront désormais l'honneur de figurer le Sauveur du monde, et ils le représenteront dans son épreuve et dans son humilité.

Déjà, sous Salomon, la prophétie orale ou scripturaire semble se renfermer dans le champ doctrinal. Bien que le grand monarque prophétise les gloires de l'Eglise par l'éclat de son règne , il paraît s'attacher uniquement dans ses écrits à manifester le sens profond de la loi; et désormais les prophètes suivront ces nouvelles directions. On s'en apercevra quand ils parleront des sacrifices , de la prière et du vrai culte de Jéhovah. L'Evangile va poindre de toutes parts comme le soleil emprisonné dans un nuage impuis-

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