‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 213 sur 339 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Les Béatitudes dans l'Évangile. Les Béatitudes dans les Proverbes.

[ Si votre ennemi a faim, donnez lui à manger. — La clémence fait heureuse la vie. — Si votre ennemi fait une chute , ne vous en réjouissez pas.

Aimez vos ennemis

Texte de TÉvangile. Texte des Proverbes dans la Vulgate.

Si esurierit inimicus tuus, ciba illum (xxv, 21). — Glementia praeparat vitam Diligite inimicos. ( xi, 19). - Gum ceciderit inimicus tuus,

ne gaudeas (xxiv, 17).

Le caractère messianique et prophétique des Proverbes se manifeste encore excellemment en deux points que nous voulons faire remarquer, à savoir : l'élévation tout évangélique de la doctrine et son caractère d'universalisme.

La sagesse des Proverbes ne s^emprisonne point dans la lettre et dans les formules du mosaïsme. On dirait le rayonnement d'une aube naissante, un air plus frais et plus sain, comme une odeur d'évangile se répandant sur le monde. Ce n'est plus la peine de mort, la lapidation, les eaux amères, la multiplication des sacrifices et des purifications. Par des traits saisissants, la sagesse s'élève à la considération de la vertu saisie dans son essence, dans son caractère intrinsèque. Ainsi la vie n'est plus seulement la simple vie physique. Le mot D^m, vita^ apparaît dans sa double signification de vie du corps et de vie de l'âme* ; c'est la vie de l'esprit, la vie morale

* r=»n est un pluriel qui a cette double signification. Il est, dit Gesenius, synonyme d'immortalité, de salut. G'est en ce sens que

382 LES ÉCRITS DE SALOMOxN

et même la vie d'outre -tombe. Le schéol aussi, avec ses réfiiïmy c'est, selon plusieurs commentateurs, la mort accompagnée de l'expiation dans un monde de ténèbres, c'est la sanction pénale dans une vie future. On voit partout l'àme inquiète désireuse de pénétrer toutes choses, élargissant tous les horizons.

D'un autre côté, Salomon et le corps des Sages dont il était le chef semblent, dans leurs écrits et dans leur enseignement , ne pas s'adresser, comme Moïse, presque exclusivement à Israël; ils parlent, ils écrivent pour tous les peuples. Le Sage a évidemment un rôle nouveau : il est un prédicateur universel. Le mot Israël ne se trouve pas une seule fois dans les Proverbes. La Thora n'y est rappelée que dans sa notion essentielle ; ce n'est plus exclusivement la loi du Sinaï. La prière et les bonnes œuvres sont nettement recommandées, non seulement à l'égal des sacrifices, mais comme leur étant supérieures ^ La sagesse, l'obéissance, priment les holocaustes'. C'est la doctrine de Moïse sans doute, et surtout de David, mais dans une lumière plus vive.

Par ce côté , les Proverbes ne présentent- ils pas un caractère de ressemblance avec l'Evangile? L'Evangile, destiné à tous les peuples de la terre, contraste avec les premiers livres de l'Ancien Testament par ce qu'il renferme d'universel dans les préceptes qu'il

l'arbre de l'Éden, dans la Genèse, est appelé l'arbre de vie. Le synonyme syriaque, au chapitre xix, de saint Luc, v. 9, exprime l'idée de salut, aw^ripta. Dans les Proverbes (ix, 22 et 23; xii, 28; XIII, 14; XIV, 27), le même mot exprime l'idée de viasalutis, selon Gesenius.

* Prov. XV, 8; xxi, 3; xxvii.

2 Prov. xxvm, 9. Cf. Eccle. iv, 17.

Page 1