‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 214 sur 339 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

donne. L'Évangile n'est pas en opposition avec la loi de Moïse assurément ; il en est l'accomplissement : Non veni solvere, sed adimplere . Mais tout ce qui était enveloppé sous des formes légales, renfermé dans des types, dans des prescriptions nationales, devait se dégager de ses liens et apparaître dans son universalité et sa perfection. L'Evangile n'est pas le mosaïsme pour un peuple , il est la nouvelle loi pour toutes les nations.

Salomon a été la figure de Jésus évangélisant , et la sagesse des Proverbes a été comme l'essai typique de l'Évangile.

En effet, Jésus-Christ s'est adressé à tous les peuples de la terre, premièrement sans doute au peuple juif, mais ensuite à toutes les nations. Ne disait-il pas à la Samaritaine au puits de Sichem : (( Un temps va venir où ce ne sera plus seulement sur cette montagne, ce ne sera plus seulement à Jérusalem, ce sera partout qu'on adorera mon Père... en esprit et en vérité • ?» Et à ses apôtres : E unies , docete omnes génies : «. Allez , enseignez toutes les nations. »

Salomon aussi s'est adressé à tous les peuples. Est-ce seulement au peuple juif que la Sagesse crie ses invitations? Non, elle s'adresse sans exception ad filios hominum^.

La sagesse de Salomon était célèbre par toute la terre ; c'était tous les peuples qu'elle voulait instruire. Au loin, les Orientaux s'y intéressaient. Lés rois ne voulaient pas lire seulement les Proverbes de Salomon, ils désiraient entendre le monarque lui-même,

1 Joan. IV, 21-23.

2 Prov. VIII, 4.

et, après l'avoir entendu, ils entreprenaient encore avec lui un commerce d^énigmes. On comprend que dans ces conditions les Proverbes, comme l'Evangile , se soient tenus à une grande distance du particularisme juif.

Les pharisiens voyaient avec une mortelle douleur les dispositions et l'attitude du Christ, et leur haine y trouvait ses principaux aliments et ses principaux aiguillons. Ils voulaient emprisonner Jésus dans leurs pratiques. Que d'accusations mensongères et perfides ils accumulaient contre lui ! Il violait le sabbat, il guérissait ce jour-là. Ses disciples, qui ne se lavaient pas les mains avant le repas , ce même jour égrenaient des épis. Ne se peut-il pas aussi que Jéroboam et les partisans du schisme qui devait bientôt éclater aient pris occasion de l'universalisme de Salomon pour formuler contre lui des reproches imaginaires qui, mêlés à d'autres malheureusement plus fondés, finirent par lui aliéner irrémédiablement les esprits ?

La doctrine des Proverbes n'a presque rien de juif. Elle n'était pas contraire à la loi assurément; mais, par son caractère d'universalité, elle s'élevait au-dessus d'elle. Comme dans le livre de Job, qu'on a rangé avec raison parmi les livres sapientiaux , on trouve dans les Proverbes des aspirations qui dominent les prescriptions légales et cérémoniales du Deutéronome et du Lévitique. Les Proverbes étaient la figure de l'Evangile universel de Jésus- Christ.

Salomon a annoncé le côté caractéristique de la prédication du Messie. Ce qu'il prêche n'est pas la supériorité très réelle de la loi mosaïque sur les législations politico- religieuses des peuples qui l'en-

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