‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 221 sur 339 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Herder, Paulus, ont pensé que le Cantique des cantiques est une collection de chants juxtaposés à la manière des Psaumes et des Proverbes. Rosenmuller a combattu cette opinion. Il a soutenu avec une haute compétence l'unité d'auteur, de style et de sujet dans le cantique.

Nous n'avons pas à nous étendre sur l'unité du sujet. Elle n'est plus contestée aujourd'hui. A cet égard on va si loin, qu'on suppose toutes les parties du poème reliées ensemble par une même action dramatique. Ce qui est certain, c'est que le Cantique n'a qu'un objet: l'amour. Celui-ci apparaît dans une succession de tableaux, de scènes, de dialogues ayant pour but, dans leur multiplicité, de donner l'idée du plus ardent amour.

Cet amour, suivant Louis de Léon, va toujours croissant à mesure que les amants se rapprochent davantage. Au commencement, l'épouse privée de la présence de son époux demande seulement quelques baisers de sa bouche; puis, quand elle jouit de sa présence, elle désire être avec lui dans la campagne; enfin elle finit par ne plus vouloir que jamais son époux se sépare d'elle ; soit dans la campagne , soit dans la ville, elle veut jouir en tout temps et en tout lieu de ses baisers et de ses caresses ^

On oppose à l'unité du poème la difficulté d'appliquer à une même épouse et à un même époux des noms et des rôles divers. L'époux, en effet, apparaît tour à tour pasteur, vigneron et roi. De même l'épouse est en même temps une fille de prince , une

^ Luis de Léon, Traduccion literal et declaracion del libro de los cantares de Salomon, c. viii, v. 1. Sans voir un progrès constant dans le drame, Bossuet croit y reconnaître une application au progrès spirituel des âmes dans la perfection et l'amour de Dieu.

fille de Sulam, une bergère, une sœur de l'époux.

On a répondu que l'amour aime à varier à l'infini les appellations de la personne aimée , à la comparer à tout ce que l'on affectionne et que l'on admire. Cette profusion de noms et de rôles divers de la part des époux n'est point extraordinaire dans un épithalame comme celui du Cantique des cantiques. Cette réponse à l'objection acquiert une grande force, si l'on admet, ce que nous nous réservons d'établir plus tard, que nojis sommes en présence d'une allégorie , et que l'amant est Dieu , et l'amante , l'humanité, Israël et l'Eglise. Tour à tour Dieu et l'humanité s'offrent aisément sous des aspects divers. Le Christ ne s'est-il pas peint dans l'Evangile sous les traits d'un pasteur : Ego sum pastor bonus, et en même temps sous les traits du roi spirituel de tous les siècles : Rex sum ego ? L'Eglise, à son tour, a été considérée par les chrétiens et comme une reine sur son trône , et comme une vierge dans l'humiliation , et comme une épouse sans tache.

Mais quelle est cette épouse aux multiples noms ? Pourquoi s'appelle -t- elle Sulamite, cette figure de l'humanité, dlsraël et de l'Eglise? Un grand nombre d'auteurs disent que sous cette femme typique se cachait la fille du pharaon, roi d'Egypte. L'Écriture, en effet, nous apprend que cette princesse fut la plus aimée de toutes les épouses de Salomon ; pour elle il fit élever le plus magnifique de ses palais*. Le Cantique lui-même appelle l'épouse Fille de prince.

D'autres veulent voir dans la Sulamite une des Tyriennes que Salomon avait épousées : il l'invite , dans le Cantique, à venir du Liban pour être couronnée ^

1 III Reg. VII, 1.

2 Cantic. iv, 8 (Cf. iv, 15 et vu, 4).

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