CHAPITRE II
D'autres croient qu'Abisag est désignée par l'appellation de Sulamite: elle était, en effet, de Sulam^ Pour quelques-uns, la fiancée est une fille du pays d'Engaddi. Enfin les philologues ont traduit le mot hébreu Sulamite par « épouse de Salomon » ou même « fille de Jérusalem ». Rosenmuller prête à l'hébreu cette interprétation qu'il qualifie de probable, de vraisemblable ^
Quant à l'époux , beaucoup d'interprètes chrétiens veulent que ce soit Salomon lui-même. D'autres, avec Salazar, ont émis l'idée que le fils de David n'est ici qu'auteur et qu'il chante les amours d'un prince et d'une princesse, ou celles d'un berger et d'une bergère. De plus, Salomon raconterait une histoire, et non une fiction^.
Nous ne discuterons pas en ce moment chacune de ces opinions contradictoires. Le lecteur verra par la suite du livre ce qu'il faut en penser. Il nous suffit pour l'instant que l'unité du Cantique soit hors de cause.
* Ou Sunam; l'hébreu porte l'un et l'autre. — L'opinion qui fait d'Abisag l'héroïne du Cantique a été de nos jours reprise par un savant ecclésiastique. Cet auteur part de ce principe que le poème est la prophétie de l'esprit virginal dans l'Église. Le personnage typique de cette prophétie serait la Sulamite, cette jeune fille donnée pour épouse à David dans ses vieux ans et qu'il laissa vierge. Salomon, suivant l'auteur dont nous parlons, la vénéra comme une sainte et l'aima comme une sœur : de là sa colère contre Adonias quand il osa la demander pour épouse. Il l'avait prise comme sujet type de son poème (Trillon de la Bigottière, V Héroïne du Cantique des cantiques). Nous écartons totalement cette interprétation. Le Cantique, à nos yeux, chante un mariage, un hymen, et ne célèbre pas directement la virginité. L'héroïne elle-même, dans son allégorie, est une épouse, une femme mariée, et non une vierge.
- Sicut a Paulo Paulam, dit Ménochius, sic a Salomone Salomonitis seu Salomonia, vel pacifica.
^ Au temps de Théodoret déjà, il existait des partisans du sens exclusivement littéral et historique. Le savant docteur s'attache à réfuter leur opinion, qu'il appelle blasphématoire.
§ II, L'auteur du Cantique des cantiques.
Nous croyons que le Cantique des cantiques doit être rangé parmi les écrits de Salomon. Le titre hébreu du livre l'attribue à ce roi*. De plus, une tradition de vingt siècles, tant juive que chrétienne, a toujours considéré ce livre comme Tœuvre du fils de David. Si le titre du livre par lui-même ne rend que vraisemblable la paternité littéraire de Salomon à regard du Cantique, la tradition unanime , comme le remarque un commentateur^, rend cette origine certaine.
Toutefois les critiques modernes en assez grand nombre la combattent. Eichhorn^ ne fait remonter qu'à la captivité la date de la composition du livre : il s'appuie surtout sur les araméismes qu'il j découvre. Mais « les chaldaïsmes sont, quand
* Ainsi qu'il arrive souvent pour les titres des psaumes et pour ceux des livres des prophètes, le titre du Cantique renferme quelque obscurité. Que signifie précisément la préposition hébraïque h placée devant le nom de Salomon? Indique -t- elle que Salomon est l'auteur, ou seulement l'objet du poème? Faut-il traduire : Cantique de Salomon, ou Cantique ayant pour sujet Salomon? Hengstenber^ croit que la préposition b donne au titre cette double signification : le Cantique a été écrit par Salomon et traite de Salomon. Salomon lui-même se cacherait sous le nom et dans le rôle du bei^er. Comme David , il savait que son règne et sa mission se rattachaient aux promesses messianiques. Figure du Christ, il annonçait le divin Salomon. Il représentait Jésus et Jéhovah. Il se peint sous la figure du berger. Hengstenbei^ admet aussi que l'histoire du mariage et des amours du berger et de la bergère se rattachent à l'histoire de Salomon. Nous n'oserions ici contredire absolument. II se peut que le berger et la bergère représentent Salomon et son épouse, comme Salomon et son épouse représenteraient alors : l'un, Jéhovah et le Messie; l'autre, Israël, l'Église, l'humanité.
2 Salazar, In cantic. Isagoge.
3 Einleit. in das AU. Test., part. v.