‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 223 sur 339 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il s'agit des livres hébreux , un critérium fort dangereux » , affirme M. Renan lui-même *.

Nous ne voulons pas non plus attacher trop d'importance à l'observation suivante de M. Munk : « Les critiques les moins hardis s'accordent, dit-il, à reconnaître que l'hébreu du Cantique est loin d'avoir la pureté qui distingue le langage des temps de David et de Salomon , et qu'on y reconnaît l'époque de l'exil ou tout au moins celle des derniers rois de Juda^. » Cette observation vise la forme plutôt que le fond du Cantique, et autoriserait tout au plus la supposition de quelques retouches au texte primitif. Mais des faits positifs font remonter le poème à

* Cantique des cantiques , p. 108. — L'abréviation ^ pour t«:î< constante dans le corps du Cantique des cantiques, serait, dit-on, un araméisme des plus significatifs, Hengstenberg réfute cette affirmation. L'abréviation ^ pour i^tn était connue, c'est un fait admis aujourd'hui, avant Salomon, mais employée assez rarement. Les Phéniciens, avec lesquels Salomon a été dans de fréquents rapports, surtout au temps de l'artiste Hiram, la pratiquaient constamment, ainsi que l'observe Gesenius : In quorum reliquiis omnis setatis -nirx nunquam, v: perssepe reperitur. Il dit ailleurs : Prsefixwm v: antiquius videri potest quant -i"a;x. Cette abréviation, d'un bel effet en poésie, a plu à Salomon dans le Cantique des cantiques. Dans la prose du titre, l'auteur n'en a pas usé. Salomon, qui fut un grand roi, avait aussi des goûts et des fantaisies d'artiste. Le genre archaïque lui plaisait à l'égal de l'énigme. Il aimait à sortir du convenu, du vulgaire, du provincial. Il aspirait à l'universalisme dans son style comme dans ses pensées. Hengstenberg transforme en preuve de la paternité de Salomon ce prétendu araméisme. Maurer fait observer que cette locution , qui se rencontre du commencement à la fin du poème, est une preuve de son unité de composition : elle est propre au Cantique des cantiques et ne se retrouve en aucun autre livre de la Bible. — Rosenmuller, qui combat l'authenticité du Cantique, ne s'appuie que sur deux mots : l'un d'origine étrangère, mis, paradisus (c. iv, v. 13), l'autre d'une forme rare , nnburbur, Salomonis (c. m, v. 7), De bonne foi, est-ce assez pour rompre avec une tradition de vingt siècles?

2 Palestine, p. 450. Cf. Jahn, Introductio ad L. S. § 208.

l'époque de Salomon. Par exemple, la mention des deux piscines d'Hésebon , cité qui avait cessé d'être une ville juive dès l'époque d'Isaïe ^ ; les relations de Juda avec la ville arabe de Gédar, relations que suppose le texte du Cantique , et qui se rapportent à une époque très ancienne. Il faut noter aussi l'appellation des chars de luxe , qui sont nommés dans le poème a chars de Pharaon ^ » .

Enfin on voit, par les citations des localités, que l'auteur du Cantique vivait avant le schisme. Jérusalem, Thersa^, Galaad% Hésebon, le Carmel, le

* Isa. XV, 4; xvi, 8, etc. LesMoabites avaient reconquis cette ville.

2 Nous savons expressément que Salomon achetait à grands frais des chevaux et des chars en Ég-ypte.

^ Au sujet de cette ville, nous mentionnons ici l'opinion fantaisiste de M. Renan, correspondant à ses romanesques hypothèses. D'après lui, le Cantique serait contemporain du schisme qui a suivi le règne de Salomon , et il n'aurait pas été composé par ce roi. Un écrivain du Nord qu'il est seul à connaître, et dont avant lui personne n'avait jamais entendu parler, en serait l'auteur. M. Renan ne sait pas le nom de l'écrivain, bien entendu. Voici la base fragile sur laquelle il fait reposer ses téméraires hypothèses. La Sulamite, dans un des passages du poème (vi, 4), est comparée à Thersa. Thersa a été capitale du royaume schismatique du Nord . Et ce serait pour cela que l'époux aurait dit à la fiancée : « Tu es belle comme Thersa, charmante comme Jérusalem. » Il est vrai que Thersa devint capitale du royaume d'Israël, pendant le temps qui s'écoula du règne de Jéroboam à celui d'Omri, c'est-à-dire de 975 à 924 avant Jésus-Christ. Mais suit-il de ce fait qu'il faille, comme M. Renan le prétend, placer entre ces deux dates la composition du Cantique? Si Thersa existait au temps de Salomon ; si, d'autre part, ce roi l'avait embellie et peut-être transformée, comme le croient nombre de commentateurs, ne pouvait-il pas prendre cette cité rajeunie et admirée comme terme de comparaison en parlant de beauté, d'autant que le nom de Thersa signifie : quoO se gratum offert. Il n'était pas nécessaire, pour que Thersa fût belle comme la fiancée, que cette ville fût devenue capitale. Si le Cantique avait été composé dans le royaume du Nord par un partisan du schisme, ainsi que le veut M. Renan, comment y trouverait-on : « Mon amie, tu es belle comme Jérusalem? »

^ Hengstenberg est d'avis qu'il s'agit, au ch. vi, v. 4, et au ch. iv.

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