‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 228 sur 339 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sulamite, en forme d'aparté : « Imprudente, voilà que mon caprice m'a jetée parmi les chars d'une suite de princes! » Mais il est impossible de rien trouver de semblable dans le texte, comme l'établissent les commentateurs sincères ^ « Il n'est question, dit M. Franck, ni d'un caprice, ni d'un prince, ni de sa suite. Pour avoir aperçu tout cela, il ne fallait pas moins que la lumière de la rampe et la perspective enchantée d'un système ^ »

Nous ne voulons relever ni d'autres invraisemblances ni d'autres impossibilités dans le drame inventé par Jacobin Passons aux difficultés que soulève l'hypothèse d'un drame scénique, non seulement destiné à la lecture, mais arrangé pour le théâtre.

* Pris littéralement, le texte se traduit ainsi : « Je ne sais, mon amour m'a faite comme les chars d'Aminabad, » ce qui voudrait dire : « Mon amour m'a rendue aussi prompte que les chariots d'Aminabad. » La Vulgate traduit : « Mon amour m'a troublée à cause des chars d'Aminabad. » Quel est cet Aminabad ou Aminadib , dont il n'est pas question dans l'histoire, et qu'est-ce qui a fait la réputation de ses chars? Faut-il traduire littéralement ce nom énigmatique, et mettre, à la place d'Aminabad : « mon généreux peuple? » Faut- il mettre ces paroles dans la bouche du berger ou dans celle de la bergère ? Le plus grand nombre les attribue au berger, et alors elles ne se prêtent plus au roman. Le passage est plein de difficultés ; mais ce n'est pas une raison d'y mettre de pures fantaisies.

^ Franck, loc. cit.

^ Parmi les invraisemblances, nous ferons seulement remarquer la suivante. L'hypothèse admet que la Sulamite est captive de Salomon, et qu'elle est gardée jalousement dans un harem. Or voilà que le rival du prince, un simple berger, parvient à elle sans obstacle et l'emmène, pour ainsi dire, sous les yeux même de son toutpuissant ravisseur. Et quand celui-ci parvient à la ressaisir, loin, dit Rosenmuller, de déplorer sa captivité, la jeune fille se félicite de l'amour de Salomon : « Entraîue-moi après toi, lui dit- elle ; courons ensemble. Le roi m'a fait entrer dans son gynécée. Nos transports et nos joies sont pour toi seul. Mieux valent tes caresses que le vin. »

408 LES ECRITS DE SALOxMON

§ III. Le Cantique a-t-il été joué au théâtre?

Pour composer le scénario, on a fait subir au Cantique un odieux travestissement. On a découpé le poème de manière à en former des actes. On a groupé ensemble des personnages de fantaisie. Autour des deux fiancés se montre tout un monde de bourgeois, de soldats, d'odalisques, de bayadères. On a créé des apartés, des évanouissements, des songes, des intermèdes, des divertissements, enfin tous les moyens et toutes les industries de notre théâtre moderne. Le scénario est complet : il donne une foule de renseignements utiles aux directeurs de théâtre, mis à même de faire représenter la pièce comme on suppose qu'elle a été jouée au temps de Salomon.

Sans doute la Bible est pleine de tableaux animés, où les personnages prennent eux-mêmes la parole et se mettent directement en scène ; où Dieu et les Anges descendent du ciel pour s'entretenir avec les hommes * ; où les morts, du fond du schéol, conversent avec la vivacité des vivants ^ Mais il y a loin de ces récits dramatiques au drame lui-même, aux complications du théâtre, à des pièces destinées à être jouées.

^ Gen. III ; Job. i.

2 V. dans Isaïe (xiv, 3 et seq. ) la belle vision où il nous montre le roi d'Assyrie devenu, après sa mort, un objet de raillerie pour l'enfer. Les pâles spectres des puissants d'autrefois et les ombres des rois détrônés par lui se pressent à sa rencontre avec des paroles outrageantes : « Toi aussi , tu es devenu une ombre comme nous ! » — Voir aussi plus haut la peinture des séductions de la femme impudique (Prov. VIII, 6-20) et les discours de la Sagesse.

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