CHAPITRE III
On avoue qu'on ne trouve dans l'Ecriture aucune trace d'un théâtre public; mais on soutient que les représentations scéniques égayaient, chez les Hébreux , l'intérieur des familles ; que le mariage , dépouillé de toute solennité religieuse, appelait naturellement ce genre de divertissement. Le Cantique des cantiques aurait été écrit pour servir à cet usage.
Cette hypothèse nous paraît inadmissible ; elle est en opposition directe avec tout ce que nous savons des mœurs et des lois des anciens Israélites. La Bible nous entretient de plusieurs mariages qui ont été célébrés à des époques difFérentes de l'histoire du peuple hébreu, depuis l'union d'Isaac et de Rebecca jusqu'aux noces de Cana. Jamais elle ne fait allusion, même par un mot, à l'usage du théâtre. Elle parle de chants, de danses et surtout de festins, qui se renouvelaient quelquefois pendant sept jours; mais c'est tout. Point de traces de drame, même quand Samson donne à deviner aux Philistins des énigmes le jour de ses noces.
Puis, où trouver dans la société Israélite les bayadères et les odalisques de M. Renan? Les mœurs qui distinguent ces déclassées méritaient, dans la loi de Moïse, le bannissement et la mort. La femme juive est-elle descendue si bas, même aux derniers jours de Salomon? Les Tyriennes peut-être , l'étrangère, mais non la Juive. Ni la femme forte telle que la peint l'auteur des Proverbes, ni la prophétesse Déborah, ni Judith, ni Jaël, ni aucun autre personnage féminin de la Bible, ne nous donne l'idée d'une actrice ou d'une danseuse. Lorsqu'il arrive à ces austères filles de Judée de danser et de chanter en s'accompagnant du tambourin , c'est pour célébrer la puis-
sance de Jéhovah ou les victoires remportées par le peuple de Dieu sur ses ennemis.
Le Cantique des cantiques n'a jamais été représenté; il n'a pas été écrit pour un théâtre, soit public, soit domestique. M. Renan lui-même semble être revenu des illusions mensongères de sa première hypothèse. Trente ans après avoir écrit son Étude sur le Cantique, il ne fait plus du poème , dans son Histoire d^Israël, « qu'un dialogue d'amour qu'on récitait ou qu'on chantait en certaines occa-
Hist. du 'peuple d'Israël, t. II, p. 172.