LE CANTIQUE DES CANTIQUES — LES COMMENTATEURS CATHOLIQUES
Jusqu'au x\f siècle , les auteurs catholiques , imitant le grand nombre des saints Pères, s'étaient bornés à commenter le Cantique des cantiques principalement au point de vue mystique. Ils répétaient ce que la tradition leur avait appris de son caractère allégorique. Ils ne recherchaient guère les conditions historiques de cette allégorie. On ne voit pas qu'ils se soient préoccupés de chercher l'occasion du Cantique des cantiques et de s'assurer sur la qualité et l'identité des personnages qui figuraient l'hymen de Dieu et de l'humanité. Honorius d'Autun, au xif siècle , suppose qu'un mariage de Salomon avec une princesse d'Egypte pourrait bien être le suhstratum littéral du chant sacré; mais, sans souci critique d'aucime sorte, il ajoute au mariage égyptien trois autres mariages absolument fabuleux. Quatre mariages auraient servi d'occasion au Cantique M L^on attachait peii d'intérêt à la réalité his-
1 Les quatre mariages sont le mariage de Salomon : 1» avec la fille du Pharaon; 2» avec la fille du roi de Babylone; 3» avec la Sulamite; 4» enfin avec la mandragore , cette chimère du moyen âge. N'étant pas très convaincu lui-même du fait de ces quatre mariages , il se rassure en disant : Hoc si itafuerit non curatur, cum mystica res intelUgatur.
torique. A cette époque, le sens littéral étouffait sous la végétation luxuriante des sens mystiques. Quand, avec Nicolas de Lyra\ on s'enquit sérieusement du sens littéral, on chercha le fait biblique auquel le poème pouvait correspondre ; et comme on y voyait un épithalame , on l'appliqua souvent au mariage de Salomon avec la fille du Pharaon. Cette application devint plus générale au xvif siècle. Cependant elle rencontrait encore à cette époque des contradicteurs. En 1642 , Salazar s'exprimait ainsi : « Gardons-nous de penser, comme quelques-uns le soutiennent sans raison , que le mariage de Salomon avec une fille du Pharaon ou avec Abisag de Sulam soit le fait historique chanté dans le Cantique des cantiques ^ »
Toutefois il était difficile de résister à la tentation de relier ensemble les divers chants du poème par une hypothèse capable de les expliquer tous et de donner au livre, qui semblait comme suspendu en l'air et placé trop exclusivement dans le domaine de l'imagination, un corps réel et une base historique. On se rendait parfaitement compte de l'intérêt nouveau qu'une telle découverte apporterait au Cantique et à ses commentaires.
Louis de Léon, et surtout Pinéda, se mirent franchement à la recherche d'une base historique, et Bossu et trouva tout préparé pour faire accepter sa large et séduisante hypothèse , à laquelle les catholiques de notre temps se rattachent encore. Dom Calmet, le
^ Nicolas de Lyra, au xive siècle, regardait le Cantique comme une parabole reposant sur un événement historique. Mais il ne croit pas vraisemblable qu'il s'agisse spécialement du mariage de Salomon avec la fille du Pharaon.
2 Ne putemus ipsius Salomonis connubia cum Pharaonitide (ut quidam perperam volunt), aut cum Abisach Sunamite (ut alii malunt) historiée decantari. {In Cantic. Isagage, c. i).