‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 235 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

un moment de ses voiles pour la montrer aux amateurs de l'art antique dans sa chaste nudité » .

Et non seulement on nie l'allégorie du Cantique ; on s'affirme héritier légitime du vrai sens, et on nous défie de prouver que ce livre contienne « aucune intention mystique* ». — « On ne s'amuse plus aujourd'hui, dit dédaigneusement M. Reuss, à réfuter ces rêveries mystiques ^ » — « Personne certainement aujourd'hui, dit un autre critique, n'oserait reconnaître un poème religieux en ce poème d'amour si ardemment sensuel ^. »

A entendre ces novateurs, l'allégorie n'est point ancienne ; on n'en faisait point usage au temps de Salomon. Elle n'est que l'expression du raffinement d'un peuple vieilli, ou la protestation prudente d'un peuple opprimé. Les plus anciens exemples de ce genre de littérature ne dateraient, en Perse et dans l'Inde , que du xiif et du xiv° siècle de l'ère chrétienne. L'effrayante simplicité de l'esprit sémitique en particulier excluait toute combinaison religieuse, vivante et variée. Rien ne fut plus éloigné du mysticisme que l'ancien esprit hébreu , et en général que l'esprit sémitique. « L'idée de mettre en rapport le Créateur avec la créature, la supposition qu'ils peuvent être amoureux l'un de l'autre, et les mille raffinements de ce genre où le mysticisme hindou et le mysticisme chrétien se sont donné carrière sont aux antipodes de la conception sévère du dieu sémitique. Il n'est pas douteux que de telles idées n'eussent passé pour des blasphèmes en Israël \ »

* Renan, le Cantique des cantiques y p. 124.

^ Reuss, la Bible. Ancien Testament ; le Cantique, p. 7. ^ Lahor, le Cantique en vers, préface.

* Renan, op. cit., p. 119.

M. Renan résume ici assez fidèlement les arguments de la critique contemporaine. Mais il paraît s'être fait une idée très fausse de l'allégorie en ellemême et avoir méconnu l'histoire de la littérature sacrée. Ne dirait- on pas que l'allégorie lui semble une invention moderne, presque contemporaine de celle de l'imprimerie, et trouvée un jour par un heureux hasard? Il raisonne sur les commencements de l'allégorie comme on raisonnerait sur l'origine de la boussole.

Le principe de l'allégorie est essentiel au langage humain. Qu'est-ce, en effet, que l'allégorie, sinon, une métaphore développée et continuée? Elle consiste à se servir d'un être de la création, d'un fait de l'histoire ou même d'une fiction de l'imagination, pour frapper plus vivement l'esprit et pour réveiller l'idée d'un objet ou d'un fait avec lesquels les choses et les événements ont des rapports de similitude ou d'affinité. Le procédé fondamental de l'allégorie est contemporain de la raison et du langage. L'art de la peinture, de la sculpture, ne lui a jamais été étranger. Les statues de l'Egypte et de la Grèce, aussi bien que les théraphim et les grossières idoles des peuples primitifs, démontrent l'usage de l'allégorie. On sculptait un homme pour représenter un dieu; on peignait un lion en Egypte, un taureau enChaldée, pour représenter un roi ; on offrait en Grèce une couronne pour symboliser une victoire, une branche de myrte pour représenter l'amour. L'allégorie s'ofPre aux regards dans les objets retrouvés parmi les débris de Thèbes et de Memphis, et la mythologie grecque la montre partout. M. Renan prétend que l'exégèse allégorique a précédé l'allégorie; cela ne se se comprendrait guère : l'art précède

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