‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 236 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'esthétique. Le langage primitif du peuple a été l'allégorie par la même raison que le premier langage de l'enfant est toujours un langage figuré. Les termes propres et les noms abstraits n'apparaissent que dans la langue d'un peuple déjà civilisé.

§ IL L'allégorie dans la Bible.

Les témoignages de l'existence de l'allégorie plus ou moins développée sont fournis par toutes les époques, mais surtout par les époques anciennes. On les rencontre en Egypte * , dans l'Inde , dans la Perse ^ dans la Grèce ^, à Rome \ en un mot partout. Les fables d'Ésope et certains récits d'Hésiode sont des allégories. Mais c'est dans les saintes Écritures en particulier que cette forme du langage apparaît dans son épanouissement et toute sa fréquence. On peut dire que la Bible est semée d'allé-

* « Tout , en Egypte , portait l'empreinte de la religion ; l'écriture était si remplie de symboles sacrés et d'allusions aux mythes divins , qu'en dehors de la religion égyptienne, l'emploi en devenait, pour ainsi dire, impossible. » (Lenormant, Hist. anc, t. III, p. 172.)

* De temps immémorial, les peuples de l'Asie ont exprimé l'ardeur de l'amour que les créatures doivent au Créateur dans un langage figuré... « Le Gîta-Govinda, par Djaya-deva, qui florissait cent ans avant l'ère chrétienne, chante comme le Cantique des cantiques l'attraction réciproque entre la divinité et l'âme humaine, représentée par Krishna et Radha. » L'Arya veut -il exprimer aux dieux son amour pour eux , ce sont les rapports mutuels de l'homme et de sa compagne qui lui fournissent ses comparaisons favorites : « Je t'invoque, ô dieu, dit-il, avec la tendresse de l'époux pour son épouse... Tu nous aimes comme une épouse aime son mari. » {Rig-Véda, sect. III et VII. Weber, Histoire de la litt. indienne. Will. Sonar, 3e vol. des Recherches asiatiques. )

^ Voir, entre mille exemples, la comédie des Otseaiw?, d'Aristophane. '* V. Horace, ode xiv, liv. I.

gories. Si on les recueillait, on en ferait un gros livre , et on pourrait j étudier les modèles des divers genres, depuis la métaphore, la parabole, l'apologue, jusqu'à l'allégorie du Cantique des cantiques. Si l'on veut se rendre compte des raffinements que comportait l'allégorie chez les Hébreux, qu'on se rappelle celle où l'Ecclésiaste trace la peinture admirable de la vieillesse ^

Parmi les allégories, il en est qui ont le plus grand rapport avec le Cantique. Les prophètes comparent souvent Israël à une épouse, à l'épouse de Jéhovah. L'alliance de Dieu et de son peuple, de Jésus-Christ et de son Eglise, est représentée sous la figure d'un mariage. « Le Seigneur vous a appelé à lui, disait Isaïe à Israël, comme une femme..., comme une femme qu'on a épousée dès sa jeunesse *. » Toute l'histoire du peuple de Dieu tiendrait dans cette figure. Lorsque Israël se détourne des voies de la justice et de la religion, Israël est une épouse infidèle et adultère^; lorsque, au contraire, il marche dans le sentier du devoir, Israël est une épouse bien -aimée et comblée des faveurs de son époux.

Si l'on osait employer ici un langage vulgaire mais vrai, on dirait que l'histoire du peuple choisi apparaît dans les prophètes comme celle d'un ménage difficile, où la vie se passe dans des querelles et des raccommodements continuels. Le plus souvent Israël

* Eccle. XII.

« Is. Liv, 6.

^ Moïse appelle plusieurs fois du mot Zana la violation de l'alliance de Dieu et d'Israël. Or le mot Zana signifie à la fois la fornication et l'adultère. (Lev. xvii, 7; xx, 5, 6. Nom., xv, 39. Deut., XXXI, 16.)

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