CHAPITRE V
est l'objet des plus durs reproches, comme dans Osée^, dans Jérémie ^ Quelquefois aussi Israël reçoit les louanges et les caresses de son époux ^ : « On ne vous appellera plus la répudiée... Vous serez appelée la bien -aimée... Comme l'époux trouve la joie dans son épouse, votre Dieu se réjouira en vous. »
Qu'on relise surtout les chapitres xvi et xxiii du livre d'Ézéchiel. Le premier de ces deux morceaux nous représente « une pauvre enfant rejetée dès sa naissance par ceux qui lui ont donné le jour, couverte de souillures, nageant dans son sang et près d'expirer. Un passant généreux jette sur elle un regard de pitié, la recueille, la réchauffe sur son cœur, la rend à la vie ; puis , non content d'apaiser sa faim et de couvrir sa nudité , lui fait une vie de délices, la pare des plus précieux ornements. Cette enfant étant devenue jeune fille, il s'engage avec elle par serment et la reçoit dans son alliance. Qu'arrive-t-il ensuite? L'ingrate, orgueilleuse de sa beauté, déshonore son bienfaiteur et abuse de ses bienfaits : elle se plonge même dans le désordre. » Ce récit, qui tient presque autant de place que le Cantique de Salomon, c'est, d'après la déclaration expresse du prophète, l'histoire allégorique d'Israël et de Jéhovah.
Le second chapitre, en racontant les abominations d'Ohola et d'Oholiba, c'est-à-dire de Jérusalem et de Samarie , nous offre le même tableau avec des couleurs qui peuvent blesser notre goût, mais dont l'âpre énergie n'a jamais été égalée, même par le pinceau de Juvénal. C'est la naïveté dans la force,
* Os. I.
* Jerem. ii.
3 Is. LXII.
mais aussi la liberté dans la colère et dans l'indignation.
« Si la passion adultère , volage , insatiable , a été chez les écrivains hébreux le symbole de l'idolâtrie, pourquoi donc, demande M. Franck, la constance dans la foi, la conservation intacte de l'alliance de Dieu et de son peuple, ou cette alliance elle-même, ne serait- elle pas représentée par l'amour heureux et fidèle? Pourquoi , cette peinture , refuserait -on de la reconnaître dans le Cantique des cantiques? » Ce ne serait pas la seule fois que Dieu , dans l'Ancien Testament, est appelé « mon bien - aimé ^ », ni qu'on donnerait le nom de cantique à un chant allégorique destiné à célébrer son alliance avec Israël. « Je vais chanter, dit un des plus anciens prophètes, je vais chanter à mon ami le cantique de mon bienaimé, celui qui regarde sa vigne. » Et quel est le sujet de ce chant? « Le bien -aimé avait une vigne sur une grande colline. C'est lui-même qui l'avait plantée de ceps précieux; il l'avait cultivée avec amour et protégée avec des soins jaloux. Mais, au lieu des fruits exquis qu'il en espérait, elle ne lui a donné que du verjus. » Cette vigne , il est à peine besoin de le dire, c'est le peuple hébreu, et celui qui l'a plantée, le bien-aimé, c'est l'Eternel.
§ III. Le Cantique des cantiques est une allégorie.
La preuve peut-être la plus forte que nous sommes vraiment en présence d'une allégorie et non d'un
* nn, Dodif le même nom que la Sulamite donne à son époux.