‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 239 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'Eglise a pénétré plus avant dans le sens allégorique; elle y a vu ce qu'en effet Dieu y a placé : l'image de l'amour réciproque de Jésus-Christ et de l'Eglise. Saint Denys l'Aréopagite ^ l'appelle le poème des amours divins. Origène , dont le génie triomphant, dit saint Jérôme, s'est surpassé lui-même dans l'interprétation du Cantique des cantiques % employa douze volumes à l'exposition de cette interprétation. Saint Grégoire de Nysse tient le même langage : « Le chant, dit-il, est le mystérieux portique qui nous fait pénétrer dans le sanctuaire où se réalise l'union de l'âme humaine avec son Dieu^. » « C'est l'alliance du Verbe divin avec notre humaine nature que chante le glorieux épithalame , » dit saint Athanase \ Théodoret pouvait déjà de son temps s'appuyer sur une chaîne de témoignages consacrant l'allégorie développée par Origène. L'opinion naturaliste de Théodore de Mopsueste était considérée comme une hérésie^. La tradition de l'Eglise latine touchant le Cantique est manifeste dans les écrits de saint Cyprien, de saint Ambroise, de saint Jérôme.

des rabbins, en soutenant dans son interprétation que le Cantique chante la souveraine sagesse unie à la souveraine beauté.

* Ecoles, hierarch. c. m.

* Prsef. In Cantic.

3 Hom. I in Cant.

* Synopsis.

^ « Lorsque le second concile de Gonstantinople , dit dom Calmet, a condamné la méthode de Théodore de Mopsueste et traité de rêveries son commentaire sur le Cantique , dans lequel il expliquait tout du mariage de Salomon avec la fille du roi d'Egypte, il a seulement désapprouvé la licence de ceux qui se bornent au sens de la lettre sans s'élever au sens spirituel. » Nous pensons que le concile condamna plus encore , et qu'il anathématisa les grossièretés de l'hérétique qui voyait dans le saint livre des « rapsodies de cabaret, des chansons de table, des contes de vieilles femmes, qu'on ne saurait lire sans bâiller et sans un mortel ennui ». (Labbe, Conciles, t. V, p. 554.)

Aucun des livres de la Bible n'a exercé sur le moyen âge une influence plus irrésistible. C'est dans ses pages sacrées que la mystique de ce temps trouve sa vie , son expression , ses traits les plus vifs et ses images les plus fortes. Si la scholastique a puisé dans le reste de la Bible sa raison, c'est dans les pages enflammées du livre des divines amours qu'elle a trouvé son cœur. Saint Bernard, saint Thomas d'Aquin, Gerson, ont regardé l'explication du Cantique comme la plus haute tâche de la théologie. Quels trésors de doctrine et de piété n'y ont pas découverts les Anselme, les Bonaventure, les Richard de Saint -Victor, les Rupert ! Les grands docteurs ont élargi le cercle de l'interprétation; et, sans cesser d'y reconnaître avec les Juifs l'amour de Jéhovah pour son peuple, et avec les Pères l'amour du Christ pour son Église, ils ont montré que le Cantique était encore l'expression des chastes et doux rapports de Jésus et de Marie, de l'âme avec son Dieu. Ainsi se résout l'objection que M. Renan fait contre l'interprétation allégorique, qu'il appelle « une forêt de contradictions ». Les explications produites par la synagogue et par l'Eglise n'ont rien* de contradictoire, et elles se fondent dans l'idée générale de l'amour réciproque de l'homme et de Dieu. L'Eglise , en voyant la figure de Marie dans la Sulamite , a fait une application nouvelle du même principe, qu'elle n'exagère pas plus qu'elle ne l'altère.

L'altération de la tradition allégorique, chez les chrétiens, a commencé avec Luther, dont l'âme, fermée aux divines communications , glacée par l'hérésie, abaissée par la flatterie, vit dans la Sulamite le type de l'État, la glorification de la bonne police des gouvernements et de la paix des nations. C'était

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