‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 240 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

là une déplorable répétition des flagorneries du poème Theuerdank y composé au xvf siècle par le courtisan Pfînzing, qui célébrait sous des traits allégoriques l'empereur Maximilien I" et l'impératrice Marie de Bourgogne. Nonobstant, la grande tradition de l'allégorie du Cantique est restée pure dans l'Eglise catholique ; et cette perpétuité , sans altération essentielle en montre l'autorité.

On oppose des raisons bien futiles à cette autorité. On dit qu'il j a dans le Cantique des cantiques des images trop enflammées, et que le sentiment religieux chez les Hébreux et les autres peuples anciens n'avait rien du mysticisme ardent que suppose l'allégorie de ce poème.

L'observation aurait certes du poids, s'il s'agissait d'un peuple de l'Europe moderne, où l'amour passionné de Dieu tient si peu de place. Pour Israël, Jéhovah était non seulement le chef de la nation, mais l'ami puissant et dévoué, l'être aimé par excellence, un père, ainsi que s'exprime la prose sacrée, un époux, ainsi que s'exprime la poésie. N'a-t-il pas dit un jour, par la bouche de son prophète : « Une mère n'oublie guère son enfant; elle l'oublierait, que moi, Jéhovah, ton Dieu, je ne t'oublierai pas, ô Israël * ? »

Chez le peuple juif, l'amour de Dieu est exalté au point d'absorber toute la vie , de laisser son em-

* Isa. XLix, 15. — Le langage de l'amour prêté à Jéhovah ne doit point nous étonner. « Rien , dit Louis de Léon , n'est plus propre à Dieu que l'amour. L'amour, de son côté, tend à s'assimiler l'objet aimé et à se rendre le plus possible semblable à lui ; il emprunte et ses manières et son langage : les saintes Écritures sont là tout entières. Il n'y a point de sentiment ni de qualité qui nous soient si propres et qui soient si étrangères à Dieu , qu'il ne se les approprie à lui-même. »

preînte sur la forme des vêtements et sur les portes des maisons , de se mêler à toutes les images de la nature extérieure et d'appeler un grand fleuve, une haute montagne, un vent violent, le fleuve de Dieu, la montagne de Dieu, le vent de Dieu ; enfin de mettre sur les lèvres du Psalmiste cet accent passionné : « Gomme le cerf altéré soupire après les courants d'eau , ainsi mon âme soupire après toi , ô Jéhovah ! » de faire écrire par le législateur, entête de son code, non pas : Tu obéiras , ni tu craindras , mais : « Tu aimeras Jéhovah, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. » Entre Jéhovah et les pieux Israélites régnait un amour passionné, un amour qui, pour s'exprimer, avait recours aux plus fortes images de l'amour entre les hommes. Il résultait de là une même expression pour deux amours divers, et la tendresse de l'homme pour la femme prêtait ses couleurs à la tendresse de l'homme pour Dieu. Ne soyons pas trop surpris s'il règne dans le divin Cantique un ton d'affectueuse mollesse, une grande liberté de coloris : c'est le chant de deux époux ravis en Dieu. N'oublions pas que l'idylle est placée en Orient ; et faisons la différence des pays et des temps, de l'Europe et des contrées orientales , du x" siècle avant Jésus-Christ et du xix\ C'est l'observation de Michaëlis dans ses Notes sur Lowth ' : « Les écrivains hébreux, dit-il, ne craignent point de tracer les peintures les plus animées de l'amour et de se servir des termes propres. De pareilles peintures ne peuvent être dangereuses qu'autant qu'elles sont à demi voilées. Cette liberté d'expression n'est pas plus nuisible aux mœurs en Orient que l'usage où

* Lowth, Leçons sur la poésie sacrée des Hébreux, 1*^ leçon.

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