CHAPITRE VI
de conquérir son amour. Il caresse sa créature, multiplie ses dons et ses générosités ; il la prévient , il l'attire, il la presse, il veut l'enchanter. Il se fait humble , il voile sa puissance , afin de se rendre , si cela était possible, semblable à la créature qu'il aime, comme s'il ne voulait être aimé d'elle que par la puissance de ses prévenances. Oserai-je le dire? Dieu s'offre à nous en suppliant; avant d'entrer dans un cœur, il frappe à la porte, et il n'entre, pour ainsi parler, que si on l'appelle. Il semble réjoui si on l'accueille , transporté si on l'aime ; il semble aspirer avec passion au terme de l'amour : la possession d'un cœur qu'on aime et dont on est aimé. Le but sera atteint, car un jour, parle sacrement eucharistique, l'âme pourra dire : « Mon bien-aimé est à moi comme je suis à lui! » Par l'Incarnation et par l'Eucharistie se réalisera pour l'âme, toutes proportions gardées, dans le mystère de l'amour, l'union qui existe au ciel entre les trois personnes adorables de la sainte Trinité. Le Christ dira : « Je suis uni à vous comme je suis uni à mon Père^ »
Ce que nous disons là ne dépasse point les assurances évangéliques , ni tout ce que les auteurs mystiques ont écrit de magnifique et de touchant sur l'amour que Dieu a témoigné aux hommes.
Nous avons dit que le Cantique des cantiques a pour objet cet amour incommensurable , étrange, de Dieu pour l'homme. Mais l'humanité a ses sommets. Et c'est par ces sommets que l'amour de Dieu s'épanche sur l'humaine nature tout entière , comme les eaux intarissables du firmament de la Genèse.
^ Omnes unum sint, sicut tu, Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint. (Joan. xvii, 21.)
C'est donc à bon droit que les commentateurs ont pris tour à tour, et quelquefois simultanément, le peuple juif, l'Eglise, la Vierge, les âmes, comme l'objet de l'amour divin. Cet objet a des formes diverses et des appellations variées. Mais il est un : c'est l'humanité. C'est cette humanité, considérée dans ce qu'elle a eu de plus religieux, de plus noble, de plus charmant, de plus fidèle, de plus aimé, que Dieu a faite l'objet privilégié de ses amours.