CHAPITRE Vil
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. — LE CANTIQUE CHANTE L AMOUR DE DIEU POUR l'humanité
Il chante l'amour de Jéhovah pour Israël. — II. L'amour du Christ pour l'homme dans l'Incarnation considérée comme l'hymen de la divinité avec la nature humaine. — III. L'amour du Christ éclatant dans son hymen avec l'Église. — IV. L'amour de Dieu éclatant dans l'union de Jésus avec l'âme fidèle, et notamment avec la Vierge Marie.
II demeure désormais établi aux yeux du lecteur qui nous a suivi jusqu'ici et a pénétré avec nous au fond des choses, comme aussi aux yeux de tout chrétien qui croit aux saintes Ecritures et aux traditions universelles de l'antique Synagogue et de l'Eglise, que le Cantique des cantiques est une allégorie, et ne peut être qu'une allégorie.
A cette question : Que signifie -t- elle? Quel est l'amour que le poète y célèbre? nous avons répondu : Cet amour n'est pas l'amour profane , l'amour banal qui aboutit au mariage ; c'est l'amour de Dieu pour l'humanité. On reproche au poème d'être peu explicite à cet égard. Salomon s'est proposé d'écrire une allégorie. Ce n'en serait plus une si l'auteur en méconnaissait la condition essentielle , à savoir, la désignation transparente , mais voilée , de ce qu'elle veut faire entendre. Ces alternatives de ren-
contres et de séparations, de joie et de tristesse, présentent à l'esprit un caractère commun à presque tous les amours mêlés d'épreuves et de satisfactions. Gomme nous l'avons dit, ces appellations de roi et de princesse , de pasteur et de bergère ; ces images de vignes et de champs fleuris ne s'appliquent à aucun cas en particulier. Nous sommes évidemment en présence d'appellations générales et fictives. Le poème , vu le vague de ses expressions , est comparable à une sorte de mélodie confuse, à un chant sans paroles distinctes. Ce qui apparaît, c'est l'histoire d'un amour ardent, large, profond : voilà tout. Les traditions de la synagogue et des saints Pères nous disent en qui et comment se réalise cet amour, tandis que le texte du Cantique^ en le peignant par des traits trop forts pour l'amour humain, nous le laisse seulement entendre.
Il devait en être ainsi. L'amour que chante le Cantique des cantiques n'est point un amour étroit; il ne se concentre pas sur un seul objet; il embrasse tous les temps et tous les hommes.
Il fallait dans le Cantique des cantiques cette merveilleuse et compréhensive élasticité, afin qu'il fût ce qu'il a été pour les Juifs et pour les chrétiens, ce qu'il sera dans toute la durée des siècles, à savoir : un chant dans lequel les docteurs et les saints reconnaissent tour à tour ou simultanément l'amour de Dieu pour l'humanité , les témoignages merveilleux de cet amour dans le monde physique et moral, dans l'histoire entière de la religion, dans les soins de la Providence pour Israël, dans l'incarnation , dans la rédemption , dans l'Église , dans les joies et les tendresses divines de l'oraison, des sacrements et particulièrement de l'Eucharistie.